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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 09:39

 

 


Paul Fenasse (1899-1976)
-Hauteurs d'Alger-
Paul Fenasse (1899-1976)

Le Dimanche, nous avions coutume de monter à El-Biar pour rendre visite à "tante Paulette", la soeur cadette de mon père. Fine artiste, elle avait peint dans sa jeunesse des aquarelles délicates de "Capucines" qui ornaient notre salon. Hélas, avec l'âge ses mains s'étaient déformées car elle souffrait de rhumatisme et déjà se déplaçait difficilement.
Mais c'était aussi une occasion pour notre famille de nous évader de l'humidité d'Alger, toute bâtie en amphithéâtre face à la mer, et de me faire respirer l'air pur de la campagne. Nous partions du Carrefour de l'Agha, le centre le plus bas d'Alger pour aller à pieds, gravir ces rues et raccourcis pentus qui au sortir de la Ville étaient embaumés d'arbustes de Jasmin, avec des talus de Fenouil à l'odeur d'anis. Pour mes petites jambes ce n'était pas si facile, mais encouragé par mes parents, et distrait par la cueillette de jaunes "vinaigrettes" que je m'amusais à sucer, et avec la découverte d'un Papillon-Roi sur les bords du chemin et autres fragiles merveilles de la Nature, je progressais, enchanté. Dans les escaliers qui coupaient le Boulevard Gallieni taillé dans la  roche crayeuse, m'attendait l'ombre d'une murette moussue et sa haie de baies rouges et noires. Des
Mûres que je disputais à des abeilles gourmandes et d'autres  insectes qui voletaient enivrés du suc de ce paradis naturel. Ainsi, lentement apparaissaient couvertes de grappes de Glycines bleutées, des villas aux fenêtres protégées de croisillons de fer torsadé, de l'époque ottomane.

                                                         Eugène-Alexis Girardet (1853-1907)
                                                                           -Villa Mauresque-

Eugene-Alexis Girardet-1853-1907
 
A travers les grilles du porche, nous pouvions admirer ces résidences de corsaires qui décorèrent leurs patios de faïences hollandaises, butin pris aux Galions par les écumeurs des mers.
La villa de ma tante était simple et toute blanche, mais pour moi c'était un Palais. Au bout de notre promenade, la grande récompense à mon effort était d'entrevoir :
          
 Tout au fond du chemin Bucknall,
 Un portail de fer, peint en vert,
 Et un chien-loup, qui aboie, cela est bien normal.
 C'est Puck, mon ami d'enfance.
 Avec ses oreilles pointues et sa robe grise et blanche,
 Il ressemble tellement à notre chien de faïence,
 Assis sur l'étagère du salon, à côté du bougeoir,
 Entre le pot à tabac, et le coupe-papier d'ivoire,
 Que quelques fois je pense,
 Que lui aussi aboie, mais en silence.
 
 J'aime me promener avec Puck, sur le chemin fleuri,
 Et je ris tout haut,
 Quand il lève la patte sur les pissenlits,
 Sur les bornes, les poteaux,
 Et même les chardons en dents de scie.
 Car il ne sait pas, comme moi, lire le nom des rues,
 Et dans cette foison d'odeurs campagnardes et de crottins de cheval,
 Il saura ainsi retrouver son pays natal.
 Lorsque je caressais sa tête toute chaude,
 Il me tendait la patte en guise d'amitié.
 Et en voulant l'embrasser,
 Ses oreilles me chatouillaient le bout du nez.
 
 Retournés, tous les deux, au salon de velours bleu,
 Au milieux de tous ces parents sérieux,
 Qui buvaient du thé, et parlaient de sujets fastidieux,
 Je m'allongeais sur le tapis en sa compagnie,
 Sous la table ancienne, aux grands pieds arrondis,
 Et sans craindre ses canines pointues,
 Je partageais mon
Kouglof aux raisins secs, qu'il prenait de ma main nue.

 Un soir, mon père me prit à part,
 Et me dit doucement que le chien était malade,
 De cette maladie qui, à coup sûr, nous sépare,
 Et que dimanche prochain, nous n'irons pas en balade.
 Je retenais mes larmes, et fis semblant d'être distrait,
 Car je sentais que mon père avait les yeux mouillés.
 Je passais une nuit agitée, dans mes draps entortillé,
 Pensant que ceux qu'on aime, ne pouvaient s'en aller.
 
 C'était le triste apprentissage,
 Que l'homme apprend en bas âge.
 Ainsi, tout en jouant, pendant les soirées,
 Je dévisageais mes parents bien-aimés,
 Dans l'ombre du salon, sous la lumière tamisée,
 En suppliant le Ciel, de ne rien y changer.
 Au fil des saisons et des années.....

 Alger, en famille, Papa en permission.(1940)
A deux ans, mon univers était de journées insouciantes à l'ombre protectrice de mes chers parents.

Alger,1940 Famille René Lévy.Colette,Michel et Georges 00

Notes :
El-Biar: "Les Puits"
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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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commentaires

Michelle Karoubi 12/04/2014 12:36


Merci Georges de nous offrir vos mots-maux du petit garçon confronté à l'absence, au silence...de son ami d'enfance à quatre pattes qui ne tendra plus sa patte en guise d'amitié...
Raconte-nous encore votre Algérie...

Georges L. 14/04/2014 13:04



Bonjour Michelle,


Il y a des souvenirs qui peuvent paraître futiles, mais pour moi sont des plus importants, avant qu'ils ne s'effacent de ma mémoire ! Que ce Seder se passe dans le calme et la joie où que nous
soyons, en n'oubliant pas de rappeler les Pâques d'antan quand toutes les familles en Algérie francaise étaient réunies pour écouter les Aïeux lire la Sortie d'Egypte.



Bonnes visitLiliane 17/03/2014 23:02


Mais vous êtes aussi poète ! Quel plaisir de vous lire...
J'ai toujours vécu en compagnie de chiens... Chez mes grands parents vivaient des chats... J'aime ces compagnons à quatre pattes. Maintenant le dogue allemand est mon meilleur ami... Malgré sa
corpulence, sa taille, il est affectueux... Très gentil.
Merci Georges pour ce partage.

Georges L. 18/03/2014 08:27



Merci de m'avoir lu Liliane!


Quand je sors  le matin, je vois toujours accroupi sur le capot d'une auto en stationnement le même chat se réchauffant du reste de la tiédeur du moteur et attendant les premiers rayons de
soleil. Il me laisse le caresser et je lui souhaite, (à voix basse pour ne pas passer pour un simple d'esprit, quelqu'un pourrait m'entendre !), bonjour Monsieur le Chat et bonne journée ! Et il
me répond par un ronronnement affectueux...Heureux chat-sans-souci qui ne lit pas les Journaux !



René 11/03/2014 08:47


Tu mets ton habit de poète pour nous faire pleurer,ma parole!!!! Bonjour Georges,lorsque j'étais lycéen ,j'aimais monter jusqu'à notre superbe bibliothèque d'Alger,entre autre pour admirer depuis
les hauteurs,notre magnifique baie  si chère à notre coeur......


amitiés


René

Dinet 14/04/2015 17:02

Heureuse de vous lire, mais est-il permis de vous écrire?

Georges L. 12/03/2014 08:13



Bonjour René,



Grâce au site de l'Echo d'Alger, dans la BNF Gallica j'ai en le feuilletant trouvé des avis de naissances, mariages
et décès de ma famille proche et lointaine! Et des tas d'articles sur la vie là-bas (seulement hélas de 1912 à 1942). Alger dans un fauteil !


Je rappelle ce site pour les lecteurs éventuels :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb327596899/date.r=l%27echo-d%27alger.langFR



Bonne semaine !


Georges L.



Quichottine 09/03/2014 09:38


Quels souvenirs émouvants !


Votre poème est très beau Georges.


Les illustrations de votre article nous emportent là-bas avec beaucoup de bonheur.


Apprendre la vie n'est pas toujours simple, il le faut pourtant. Même si nous voudrions de tout coeur que rien ne change de ces années bonheur.


 


Merci pour ces instants partagés.


Passez un beau dimanche.

10/03/2014 09:25



Bonjour Quichottine,



Comme nous habitions en ville dans un petit appartement, il n'était pas question pour mes parents de me permettre d'avoir un petit ami à quatre pattes et je dus me contenter d'attendre cette
lointaine promenade pour jouer avec ce chien-loup.


Trente après notre exil, j'ai habité une demeure donnant de plein-pieds sur un jardinet. Mes enfants en profitèrent pour  y élever chiots, chatons, et même une oie et un caneton bancal qui
se perchait sur le dos moelleux de l'oie pour se reposer, une vraie ménagerie où nous étions complices.


Un seul bémol: très tôt mes enfants associèrent les plats de la gent-ailée avec leurs amis en plumes et devinrent...végétariens !


Bon Dimanche.


Georges L.



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