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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 08:23
Il y a quelques jours, j'avais reçu de ma prison dorée (mon ex-lieu de travail), l'invitation annuelle envoyée à tous les retraités pour la réunion d'anciens suivie d'un déjeuner d'honneur à la cantine offert par la Direction et le Comité d'entreprise. Ce moment qui a pour but d'échanger des souvenirs et renouer des amitiés est à double tranchant ! Car si j'ai du plaisir à revoir mes amis, mes compagnons de bons et mauvais jour, j'ai toujours un serrement de coeur de voir le masque de certains rongé par la vieillesse. C'est encore un peu comme de voir un film tourné image par image comme un dessin animé, avec des temps de pause entre chaque photo qui à la projection devient une séquence ultra-rapide vers le terminus qui nous attend tous.
Ainsi j'appris la disparition récente de notre Chef de Département. Il était aimé de tous car c'était, indépendamment de ses qualités d'Ingénieur en Chef, un homme au grand coeur. Je me souviens d'une époque où les commandes se faisaient rares, vu les restrictions du budget national omnivore. L'économie du pays étant depuis toujours soumise à deux forces ruineuses opposées, l'une pour assurer au citoyen un revenu minimum, et l'autre pour lui assurer un bouclier stratégique ! L'inflation alors était telle, que nous touchions exceptionnellement des avances sur notre salaire trois fois par mois pour rester la tête hors de l'eau dans cette période terrible !. Mais, bien qu'en haut lieu il était envisagé des "allègements" de personnel, notre Chef s'y opposa fermement, en protégeant ses brebis, ce qui nous permit de passer l'orage sans nous être trop mouillés. Durant cette période d'inactivité latente, il nous suggéra de l'utiliser au mieux pour ouvrir les bouquins de la bibliothèque technique traitant des divers langages rébarbatifs employés dans les ordinateurs car nous prédisait-il, cela allait devenir très tôt indispensable dans tous nos projets à venir. Une prophétie qui rendit au centuple au labo, le temps de stagnation provisoire. Pourtant dans notre équipe, un camarade ne suivit pas son conseil, s'occupant de bricoler, fanatique de la photo, un.... posemètre électronique pour le développement des clichés....L'Ingénieur en Chef avait devant lui un solide alibi pour le congédier définitivement mais il se contenta d'un entretien tête à tête. Notre ami, malingre et de courte taille, avait un passé qui plaidait en sa faveur: toute sa famille avait péri en Pologne dans la déportation, sauf son Grand-Père qui le sauva et vint émigrer en Israel. Y.., très renfermé sur son passé, racontait souvent la même plaisanterie: "Moise, qui dit-on bégayait, commanda à son peuple errant d'aller au Pays de Cana...an. De nos jours, des chercheurs pensent qu'il fut mal compris par ses fidèles désabusés par les difficultés qui eux pensaient aller au Can...ada !".
Il fut un temps où nous tous devions justifier à l'arrivée le matin et à notre départ en fin d'après-midi notre présence à l'aide d'une horloge-pointeuse. Des camarades coquins avaient découvert que l'une d'elle avançait largement sur les autres qui n'étaient pas synchronisées. Cela permettait en étant son client privilégié de faire en fin de mois des heures ...supplémentaires virtuelles ! Évidement avec le temps, le cercle secret de ces vauriens (dont je ne faisais pas parti !) s'agrandit et Mordechaï  finit par dévoiler le pot-aux-roses ! Ce fut un scandale qui méritait un conseil de discipline. Mais, une fois de plus, il ne fit pas suivre les noms de ce personnel peu scrupuleux à la Direction. Mordechaï évoquait souvent le métier d'ébéniste de son frère, qui lui permettait sans d'énorme responsabilité, de gagner largement sa vie sans avoir fait de hautes études comme lui au Technion de Haïfa.!
Mon compagnon de cellule, avait l'habitude, pâtissier amateur hors-classe, de préparer pour sa famille nombre de gâteaux, et le premier jour de la semaine, rapportait à l'usine, des exemplaires de son talent.
Mordechaï, alerté par ce rassemblement inhabituel de convives dans notre bureau, mais aussi par l'odeur alléché, vint prendre de nos nouvelles...Alors mon ami sortit de son tiroir une bouteille de Vodka et en servit un verre à Mordechaï qui, en bon russe d'origine, ne refusait jamais cette excellente occasion d'aseptiser sa gorge...
Un
jour que je faisais une période d'entraînement dans la réserve de l'infanterie, je fus surpris de voir en Officier mon Chef commandant notre peloton dans les exercices de tir et de maniement d'armes qui précèdent toujours les fastidieux jours  de gardes de jour comme de nuit, mais qui ont pourtant eu l'avantage de me faire connaître le pays.
Mordechaï , réserviste de longue date, avait participé nous raconta-t-il un jour, aux combats contre les bandes d'Amin Al-Husseini qui faisaient le blocus de Jérusalem en mitraillant tous les secours humanitaires venant de Tel-Aviv pour ravitailler la Jérusalem affamée.

Sur cette photo, un Jordanien surveille l'éviction de la  population de femmes et enfants juifs chassés de leurs quartiers de Jérusalem, après que la ville ancienne soit tombée entre les mains de l'ennemi en 1948. Pillée et profanée. La soldatesque arracha même les plaques tombales du Cimetière des Oliviers pour leurs latrines. Ce n'est qu'après la Guerre des Six Jours en 1967 que la Ville fut réunifiée.
1948-k -expulsion-des-habitants-juifs-de-jerusalem-occupee-
"« Par le passé, arabes et juifs vivaient pacifiquement en Palestine. Leurs dirigeants construisaient leur futur ensemble. Alors arriva Hadj Amin al-Husseini, l'oncle de Yasser Arafat. Il choisit le fascisme et le jihad. Les dirigeants modérés durent partir, intimidés et assassinés par lui. Ses projets sanglants furent temporairement interrompus par la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle il partit pour Allemagne et où il collabora étroitement avec les dirigeants nazis dans des plans d'extermination et de bataille. Accusé de crime de guerre, il échappa aux Alliés pour poursuivre son travail de terreur, travail perpétué par ses proches et ses associés après sa mort.» (In Wikipedia)
.

Pour forcer le blocus de Jérusalem assiégée (qui manquait même d'eau potable), des convois conduits par de très jeunes juifs, soldats, infirmières et volontaires, essayèrent de passer sous le feu des bandits qui dominaient la route montante et sinueuse. Le scénario était toujours le suivant : un barrage de pierres bloquait les camions qui alors étaient assaillis, mitraillés et incendiés. La route étroite ne permettait pas de faire un demi-tour.
Bandits arabes a Latrun, camion juif de secours pour Jerusa

Les épaves de ces moments héroïques bordent maintenant l'autoroute qui conduit à Jérusalem.
Epave camion israelien detruit en 1948 en forcant le blocu

Très sportif,  (je ne l'ai jamais vu fumer), Mordechaï   qui travaillait jusqu'à la dernière seconde en fin de journée, arrivait toujours en courant pour attraper in-extremis le transport du personnel qui commençait à s'ébranler !. Tout essoufflé par l'effort, il avait l'habitude de dire que ce ramonage nettoyait les poumons...
En tant que Chef de Service, il était très à cheval sur l'ordre et ne tolérait pas qu'en fin de journée, que notre paperasse envahissante ne soit pas rangée dans nos armoires. Un soir que j'étais resté à mon poste après l'horaire habituel pour rattraper mon retard du matin, Mordechaï me téléphona, m'expliquant que voyageant demain en mission pour un symposium à l'étranger, il avait oublié dans son bureau ses cartes de visite et me serait reconnaissant de les lui apporter au plutôt ! Que faire sans ses clefs ? Je lui demandais l'autorisation de forcer son tiroir....Et avec un gros tournevis en guise de levier, je fis sauter la serrure pour récupérer ses précieuses cartes et les lui livrer le soir-même, sans plus loin pousser mon indiscrétion dans les papiers confidentiels qui remplissaient le meuble...! J'étais devenu un  forceur de coffre diplômé !
Pour terminer cette évocation, voici la célèbre chanson du Palmach (Forces combattantes de 1948). Pour ma part, c'est toujours la même émotion qui m'étreint chaque fois que je l'entends. Mordechaï, elle est à toi et pour toi.

http://www.youtube.com/watch?v=D0GqLBlgErU

Note: Merci aux auteurs de ces photos extraites d'internet.

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Published by Georges Levy - dans souvenirs
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commentaires

René 03/01/2014 07:52


Bonjour Georges,un super hommage que tu rends là à un homme exceptionnel...Heureusement que notre vie a été remplie de belles rencontres qui ont apaisé les grandes douleurs. Moi aussi ,aprés
l'exode et malgré le rejet d'une certaine catégorie de population ,j'ai pu m'en sortir grace à l'aide de rencontres innatendues et parmi celle là ,mon dernier PDG de l'entrepris où j'ai passé les
30 dernières années de vie laborieuse. Lui aussi est parti rejoindre les anges ,il y a tois ou quatre ans(mes neuronnes!!!!)et le jour de son enteremment je fus pris d'une émotion certaine.Ces
souvenirs nous permettent d'avoir de l'espoir pour l'avenir de nos enfants en nous disant que l'homme n'est peut être pas foncièrement mauvais....


Je vous souhaite à toi et ta famille une trés bonne année 2014

Georges L. 07/01/2014 17:02



Bonjour René,



Nous avons eu tous les deux la chance d'avoir travaille dans une atmosphère favorable qui ainsi a permis de faire vivre notre famille et nous assurer une retraite honnête ce qui n'est plus le cas
pour les générations suivantes dans ce monde sans pitié du capitalisme à outrance où chacun n'est plus qu'un numéro anonyme poussé à la consommation. Lorsque je regarde mes petits-enfants, je
crois voir ces adorables petites tortues qui viennent de sortir de l'oeuf et se frayent un chemin dans le sable pour arriver à la mer, source de vie, mais aussi hélas pleine de périls.


Décembre est ici un mois relativement  paisible quand a la météo, mais aux frontières c'est le tonnerre qui gronde.


Les terroristes recommencent à essayer de poser des bombes dans les autobus, mais grâce à la présence d'esprit d'un passager, le paquet suspect a été découvert in-extremis. Le chauffeur a fait descendre les passagers à temps, avant que le colis n'explose, actionné à distance par le téléphone
portable de l'assassin...Ici il faut avoir bon pied mais aussi bon oeil !  






Liliane 23/12/2013 18:19


A Cassandre ! Merci pour ce petit rappel ! J'ai moi aussi appris ceci en classe ! Il y a de cela bien longtemps...
Belle soirée Georges.

Liliane 22/12/2013 22:40


Il est vrai que nous avons tous la même fin ! Profitons encore de ce que nous permet la vie... Merci Georges pour ces souvenirs que vous partagez.
Bonne soirée.

Georges L. 23/12/2013 18:00



Pierre de Ronsard l'a bien résumé si sagement :
"Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie ".



Quichottine 21/12/2013 08:57


Pour être invitée avec mon époux au repas des "anciens", je sais que ceux qui manquent manqueront toujours.


Chaque année aporte son lot de chagrins, de souvenirs aussi à partager entre tous ceux qui les connaissaient.


Merci pour ces souvenirs, Georges.


Ma fin d'année sera difficile, mais j'espère pouvoir vous retrouver bientôt.


Tous mes voeux, Georges, et, en cette occasion, permettez-moi de vous embrasser bien affectueusement.

Georges L. 21/12/2013 13:43



Bonjour Quichottine,Merci de m'avoir lu et que les mignons lutins bleus vous aident à passer de joyeuses fêtes avec vos petits enfants. Si le futur est ainsi assuré avec la nouvelle génération,
on ne peux s'empêcher de penser à notre avenir qui se restreint comme une peau de chagrin...Alors profitons du status-quo avec des lunettes roses pour affronter 2014...


Amitiés.


Georges L.



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