Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 09:01
lOu de fil en aiguille....l'hommage de Robert Soulé à son maitre Fernand Pistor.

                                         
Regardez-bien l'image de cette couverture  :




                                                                         Et cette autre image intérieure ::




En chinant sur Internet,ma promenade préferée entre les vieilles choses qui jonchent les trottoirs de cette avenue,j'ai soudain découvert  cette reproduction d'un objet pour moi précieux car il éclaira mon enfance et m'avait enchanté quand je commençais à peine à savoir lire ."Pouichorre et la Lénécha"*(1) ,illustré par Charles Brouty .Ce dernier m'était connu car il illustrait aussi un journal pour les jeunes et une de ses vignettes m'avait très impressionnée :elle représentait le Père Levacher attaché à la bouche  d'un canon*(2) de marine par les barbaresques .Par contre le nom de l'auteur,Pierre Jarry ne me disait rien et  alors en fis part à Esmma dont le site est lu par les enfants qui avaient 9 ans à mon époque et 99 ans maintenant (ou presque..).
Jean Brua le Journaliste et Caricaturisque qui est toujours là pour nous subvenir à notre ignorance me répondit :

"Pour répondre à la question de Georges Lévy sur l'auteur de « Pouïchore », l'album illustré par Brouty pendant la guerre. Pierre Jarry était le pseudonyme de Jean Luc, un professeur et journaliste qui termina sa carrière comme directeur des programmes de RTL. Lié avec les milieux intellectuels et artistiques de l'Alger de la guerre, alors qu'il était professeur au lycée Bugeaud, Jean Luc était l'ami de Charles Brouty, Fernand Pistor (également prof à Bugeaud) et Edmond Brua. Avec le premier, il écrivit « Pouïchore ». Avec les deux autres, il fit partie de la phalange des correspondants de guerre qui accompagna en Italie, en Corse et dans les combats de la libération les forces nord-africaines de la France combattante. Son collègue et ami Fernand Pistor (dont le pseudonyme de guerre était Jean Pontacq) devait être tué à l'été 44 au cours du dernier assaut pour la libération de Marseile, sur les pentes de N.-D. de la Garde."

Merci à Jean Brua.qui est une véritable encyclopédie ! Effectivement j'ai retrouvé le nom de Fenand Pistor (Jean Pontacq) qui fut agrégé de lettres en 1937 et figure dans la liste des Ecrivains Morts pour la France, au Panthéon : Une occasion pour lire cette liste de ces hommes qui ont écrit l'Histoire de France en 14-18 et 39-45.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_personnes_cit%C3%A9es_
au_Panth%C3%A9on_de_Paris#.C3.89crivains_morts_au_champ_
d.27honneur

C'est alors que je reçus directement le message suivant :

"Je relève sur internet :
 


Fernand Pistor était un cousin germain de mon père : sa vie et sa mort tragique ont été trés présentes dans ma vie familiale et je suis trés touchée qu'en 2008 on évoque encore son souvenir.
Marie-Claude Marque" .

Une véritable aubaine donc puisque une petite cousine de Fernand Pistor allait pouvoir m'éclairer sur l'écrivain Jean Pontacq .


La documentation de ce blog repose sur les sources suivantes :

1) L'envoi de Jean Brua qui écrit :
  "Ci-joint deux fichiers.  Le premier est la copie du sonnet de mon père à la mémoire de Pistor. Le second est une photo de celui-ci, tirée du livre* édité à l'initiative de Louis Lataillade*, l'un de ses compagnons les plus anciens. La photo a été prise en Italie, entre 43 et 44, alors que Pistor, comme mon père, était correspondant de guerre pour l'Agence France-Afrique et que Lataillade était médecin-chef du 7e Chasseurs d'Afrique."


2) CORRESPONDANCES DE GUERRE (1943-1944)
Fernand Pistor
Ed. Marrimpouey Jeune, Pau.


3) L'article de Monsieur Robert Soulé, a paru dans le numéro-7 de Juillet 1998 .Envoyé gracieusement par le C.D.H.A. :
" Portrait de Fernand Pistor ": (Jean Pontacq ).

4) L'Avant  Propos de Louis Lataillade au livre "Correspondances de Guerre",de son camarade F.Pistor.


5) Le site Alger-roi de Bernard Venis .

Et bien j'aimerai commencer justement par la fin, par le souvenir concis de Fernand Pistor par son camarade et collègue Edmond Brua :
  "J'ai déniché dans mes archives photos un document rare, au dos duquel mon père a écrit « Ben Aknoun 1941 ? ». Pistor (cravate régate) et lui y figurent côte à côte (3e personnage à gauche, inconnu). "



                                                    Fernand Pistor en uniforme de Correspondant de guerre .



IN MEMORIAM FERNAND PISTOR

(par Edmond BRUA) 

Fernand Pistor, je pense à toi

qui roulais sur la Voie Appienne,

échappé dans l'histoire ancienne

en avant du premier convoi.

Je vois la Rome que tu vois

(chaque soldat voyait la sienne).

Nous nous sommes quittés à Sienne

et je devrais rester sans voix. 

Mais si je trouble ta mémoire

c'est pour crier : non ! à l'Histoire.

Tu l'affrontais comme le vent, 

Tu défiais ton assassine

quand tu parlais de Terracine,

quand tu roulais seul en avant… 

                                          (1944)

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Notes sur Pouichore :

*(1)Un site unique et curieux sur l'origine de "Puichor" ou "Pouichore" avec  le récit original ,( Roumain,Gitan ? ) et des précisions sur le livre et commentaires hélas que d'une internaute et moi ! .
http://elguijaronegro.canalblog.com/archives/reves__contes_et_legendes/index.html

*(2) " Le Rais Hamidou " : pour en savoir plus sur " La Consulaire".
http://georges2.over-blog.com/article-7371748.html



  L'article  de Monsieur Robert Soulé,a paru dans le numéro-7 de Juillet 1998 .Quand j'ai demandé au C.D.H.A l'autorisation de publier l'article en entier,j'ai eu la tristesse d'apprendre que l'auteur nous avait quitté en 2004 .
Une raison de plus  pour faire connaitre aux jeunes internautes un peu de ce  qu'il fut à travers son Hommage à son Maitre, envoyé gracieusement par le C.D.H.A. :
 
  Robert Soulé est né donc en Décembre 1926 à Alger .Il a aussi écrit le livre suivant :( qui devint un film )
http://www.amazon.fr/LAlg%C3%A9rie-chim%C3%A8res-Henri-Turenne/dp/270962138X
Ainsi il est présenté sur le net :
"Cinéaste, écrivain, journaliste, Henri de Turenne compte parmi les grands créateurs de la télévision française. Lui-même et son ami Robert Soulé ont été grands reporters pendant la guerre d'Algérie (1954-1962). Ils connaissent bien le pays et son histoire. Ils ont écrit en collaboration les trois épisodes de "L'Algérie des chimères", un film diffusé par Arte et France 2. "

Voici maintenant en entier et extrait du Numéro du 7 Juillet 1998 du C.D.H.A.,avec l'autorisation de reproductionn
le  "Portrait de Fernand Pistor" ,par Monsieur Robert Soulé :

"Hommage au Maitre de mes 15 ans"

Il y a 50 ans,Fernand Pistor,Professeur de Lettres au lycée d'Alger,compagnon de Camus et de Brua,tombait dans les combats pour la libération de Marseille.

Il y a cinquante ans le 24 Aout 1944,Jean Pontacq,envoyé spécial de Radio-France,la station de l'Afrique française en guerre,tombait sous les balles allemandes dans les derniers combats pour la libération de Marseille.Lorsqu'une rafale le faucha,il avançait au premier rang des tirailleurs algériens,lancés à l'assaut de la colline où se dresse Notre Dame de la Garde.Ce grand reporter de choc avait pris tous les risques,comme déjà en Tunisie, où il portait l'uniforme vert des correspondants de guerre.En Provence sa barakka l'avait abandonné.Ainsi disparut à 33 ans sous le pseudonyme de ses ancetres Feranand Pistor,professeur au Lycée Bugeaud d'Alger,
agrégé de Lettres,né à Bordj Bou-Arreridj dans une grande famille de juristes, instaléee en Algérie au lendemain de la Conquete .De cet enseignant hors-série,dans un lycée où les universitaires de valeur étaient pourtant légion,ses éléves ont gardé un souvenir intact et c'est en leur nom qu'aujourd;hui,plus d'un demi-siècle plus tard,j'ai voulu très simplement porter témoignage . Je revois cette classe austère de "Bugeaud" où le 1er Octobre 1941 à 8 heures,le professeur pas comme les autres prenait un premier contact avec la classe de Seconde-A. J'avais 15 ans . J'étais un de ses élèves à qui,pendant une année,il enseignerait le francais,le latin et le grec .Une trentaine de garcons vifs-plus des enfants-pas encore des hommes-sans complexes,turbulents et frondeurs.
Sa réputation nous était connue " un crack" avaient confié ses anciens élèves ."Vous avez Pistor ? Quelle chance".
Un pédagogue étonnant jugeait le proviseur Jean Lalande. A un enseignant  venu de métropole,il avait déclaré,
nous le savions ."Ce n'est pas un établissement comme les autres parcqu'il y a un maitre qui s'appelle Fernand Pistor".
Nous les nouveaux, nous attendions pour voir . Ce qui frappait d'abord chez cet homme au nom romain et au profil de consul,c'était l'intensité du regard. Un visage grave,tendu,aux traits énergiques,qui nous portait une
immense attention,et nous allions le sentir bientot,un immense intéret .Une voix claire.Un propos confiant mais sans complaisance ."Nous allons vivre ensemble,nous dit-il une année importante ".
C'était vrai et pas seulement pour ce qui concernait nos études...

Un Grand Frère Respecté .

En
cet  automne de 1941,le monde était en guerre mais la victoire n'avais pas encore choisi son camp.
L'Algérie provisoirement à l'écart du conflit,vivait en tricolore avec une sensibilité exacerbée. Fernand Pistor nous parlait de notre pays en négligeant l'emphase et la grandiloquence qui donnait souvent un ton un peu niais aux discours a la mode . Très simplement il s'adressait à nous,évoquant l'avenir,la responsabilité qui devait etre la notre .Thème de notre premier travail ,la formule de St-Exupéry :
"Etre homme.c'est précisement etre responsable ".
וUne discussion en commun,vivante,passionnée.Il était 9 heures. Le cours se terminait. Quand Fernand Pistor se tut,nous nous sommes regardés surpris.Les enfants avaient le sentiment d'etre devenu des hommes .Ce fut pour nous une année exceptionnelle.Nous découvrions pele-mèle Thucyclide et Péguy,Virgile et Mozart .La poesie,l'art,l'esprit d'équipe,l'énergie et la tolérance,le respect des autres et la fierté d'etre soi-meme,le stade et la musique,le musée et le theatre . Pistor nous conduisait partout,nous consultait sur tout.Nous parlions à un maitre et nous parlions entre nous comme jamais encore nous ne l'avions fait.Un formidable souffle d'air pur balayait la routine.Nous découvrions éblouis le grand-frère respecté. Il avait rédigé "Alger-Etudiant" avec Paul Robert,futur auteur d'un fameux dictionnaire .Il avait dirigé une équipe de football dont le gardien,nous disions le "goal" s'appelait Albert Camus,et Emond Brua que nous lisions avec délice,lui avait dédicacé une de ses Fables .
Robert,Camus,Brua;tous ses amis.Pistor savait tout faire:conduire une chorale,mettre en scène une pièce de theatre, animer un campp, initier aux joies de l'escalade aussi bien que de la poesie .

La Richesse de nos Différences .

Je garde particulièrement en mémoire un cours ou notre maitre nous invita à réfléchir sur la condition de Francais nés en Algérie .Ily eut une discussion passionnée,quoique exempte d'acrimonie,entre nous,qui nous affirmons "Algériens"-le mot choquait personne-et de jeunes réfugiés,nos camarades de classe venus de métropole occuoée que des familles d'Alger avaient acueillis.J'ai découvert ce jour-là la profondeur de nos racines et la richesse de nos différences."Tous Francais",avait conclu Pistor mais chacun s'enrichit d'une personalité propre. De meme qu'il y a des Francais bretons,alsaciens ou auvergnats,nous sommes des Francais d'Algérie ou mieux peut-etre des "Algériens francais",l'expression était belle .Les jours heureux passent vite.Juillet approchait et les vacances,cette année là,nous ne  les appelions pas avec la meme impatience .En ocobre 42 il y eut une autre rentrée et un autre professeur de lettres dont j'ai oublié le nom Fernand Pistor gardait les "Secondes" .Pour nous ce n'était plus pareil .Nous entrions en Première avec en fin d'année l'épreuve du premier Bac.Des épreuves à vrai dire nous devions sans attendre,en connaitre de plus cruelles.
Le lycée Bugeaud bombardé par la "Lutwaffe" après le débarquement allié du 8 Novembre 1942,le proviseur Jean Lalande tué,les classes en partie détruites .Les plus agés de nos camarades rejoignaient l'armée. Fernand Pistor lui,avait deja revetu l'uniforme des correspondants de guerre.Je ne devais plus le revoir.Un journal m'a apprit sa mort en Aout 1944.
J'en ai éprouvé beaucoup de peine,beaucoup de fierté aussi pour le destin du soldat frappé en pleine gloire.La guerre nous nourrit d'enthousiasmes guerriers.J'ai mesuré, avec le temps combien fut pour nous cruelle la perte de notre maitre de nos quinze ans .Nous avons tenté seuls de suivre le chemin de l'homme qu'il avait fixé d'une main sure ,au carrefour de notre adolescence et c'est très fidèlement que j'ai voulu en cette période anniversaire,lui rendre hommage. Fernand Pistor repose au cimetière de Gairault,sur les hauts de Nice ,face à la mer,au milieu des eucalyptus,des oliviers et des cyprès .Dans la sérenité meme que les Grecs souhaitaient à leurs héros et à leurs sages.

Robert Soulé .

Extraits du site de Bernard Venis "Alger-Roi" ,sur des souvenirs du Lycée Bugeaud pendant la Guerre :

 De Pierre Salort: 01-2004
 " Comme souvenirs particuliers , deux me viennent tout de suite à l'esprit:
- Bugeaud avait servi d'hébergement à des marins Anglais stationnés à Alger ! Des avions allemands, en novembre 42, peu de jours après le débarquement du 8/11, l'ont pris pour cible , causant de gros dégats et la mort pendant leur sommeil de plusieurs dizaines de marins et du proviseur et sa famille.(voir souvenirs ci-dessous de JC.Thiodet).
-Pour l'année scolaire 1941, la Taupe et la Corniche avaient été déplacées , pour des raisons de place , de Bugeaud dans les locaux des écoles normales de Bouzaréah.J'ai connu la Taupe à Bouzareah également en 1942 ; après , je ne sais pas ,ayant été mobilisé le 10/12/42 ! "


De J.CLaude Thiodet:(26-12-2003)
-------"Te souvient-il (cela m'étonnerait , et pour cause), que le jeudi 12 novembre 1942 les Allemands laissaient négligemment tomber une bombe sur l'aile ouest de notre vénérable lycée, tuant du même coup notre honoré proviseur LALANDE, sa femme sa fille et sa belle mère ainsi que le censeur SAUVAGE? Ce qui nous a valu d'émigrer, (et oui encore ou déjà), d'abord vers le collège de la rue Lazerges pour la 4°, puis vers l'école de la rue du Soudan, derrière la cathédrale pour la 3°, puis vers l'école de la rue Rochambaud pour la 2°, pour revenir enfin à Bugeaud en octobre 1945 pour la fameuse 1°A.B. dont à laquelle je t'en ai transmis la photo."


Comme le lecteur a pu s'en rendre compte,Robert Soulé a pleinement souligné  la grandeur d'ame républicaine  de Fernand Pistor enseignant au lycée à un moment triste de son Histoire où la France passa du statut  de République à celui d'Etat .
Je cite ci-dessous les règles de vie imposées à l'Algérie à cette  époque . L'ennemi n'était représenté à Alger  que par une Commission d'armistice Italienne et Allemande ( et de nombreux espions et agitateurs !) .A ce sujet il est capital de lire ce texte d'un journal algérien qui précise les différents contacts des nationalistes algériens avec les nazis en Allemagne et les dix ans de préparations  qui allaient précéder le 1er Nov 1954.
http://www.lanouvellerepublique.com/actualite/lire.php?ida=60597&idc=39&date_insert=20080212

Lois d'exceptions de  Vichy ordonnées par Philippe Pétain en 1940 et 1941,applicables aussi en Algérie ..
http://www.roi-president.com/bio/bio-fait-lois+antis%E9mites+du+gouvernement+de+vichy.html

Lois antisémites édictées par le gouvernement de Vichy sous l'autorité du Maréchal Pétain, il est à rappeler que ces lois n'ont pas été demandées par l'occupant allemand et que le gouvernement n'a subit aucune pression pour les édictés, ces lois ont été publiées et appliquées en zone libre.
Passage precisant l'exclusion des Juifs du corps enseignant voir :
Art. 4. Membres des corps enseignants.

Art. 9. – La présente loi est applicable à l'Algérie, aux colonies, pays de protectorat et territoires sous mandat.
Art. 10. – Le présent acte sera publié au Journal officiel et exécuté comme loi de l'État.
Fait à Vichy, le 3 octobre 1940.
Ph. Pétain.
Par le Maréchal de France, chef de l'État français :
Le vice-président du conseil, Pierre LAVAL.
Le garde des sceaux,ministre secrétaire d'État à la justice, Raphaël Alibert.
Le ministre secrétaire d'État à l'intérieur, Marcel Peyrouton.
Le ministre secrétaire d'État aux affaires étrangères,
Paul Baudouin.
Le ministre secrétaire d'État à la guerre,Général Huntziger.
Le ministre secrétaire d'État aux finances,Yves Bouthillier.
Le ministre secrétaire d'État à la marine,Amiral DARLAN.
Le ministre secrétaire d'État à la production industrielle et au travail, René BELIN.
Le ministre secrétaire d'État à l'agriculture,Pierre CAZIOT

J'allais oublier le nom de Jérome Carcopino :
En février 1941, il fut nommé secrétaire d'état à l'Éducation nationale et à la Jeunesse dans le gouvernement de l'amiral Darlan. Il décida à la réorganisation de l'enseignement scolaire du 15 août 1941. Dans ces fonctions, il fit appliquer les lois du régime de Vichy, notamment les textes excluant juifs et francs-maçons des fonctions publiques.

Quand, le 7 octobre 1940, le gouvernement de Vichy abrogea le décret Crémieux, retirant aux Juifs tous leurs droits à la citoyenneté française et refaisant d'eux des "indigènes" au même titre que les Musulmans, ce n'était pas uniquement le résultat de la politique décidée en métropole mais aussi la conséquence de cet antisémitisme persistant au sein de la société européenne d'Algérie. 12 000 enfants juifs furent expulsés de l'enseignement public primaire, secondaire et professionnel à la rentrée de 1941, le nombre d'enfants écartés se montant à 18 000 l'année suivante. Seize camps, de vocations diverses, souvent gardés par d'anciens légionnaires ouvertement pro-nazis, furent ouverts en Algérie, dont certains regroupaient les soldats juifs algériens de la classe 1939, contraints à des travaux forcés. Les Anglo-Américains, en arrivant en novembre 1942, au prix de lourdes pertes (les autorités françaises d'Algérie leur ayant infligé 1 500 morts, enterrés dans le cimetière qui domine encore Oran), y dénombrèrent au total 2 000 détenus.[...] Ce ne fut que le 20 octobre 1943, soit près d'un an après le débarquement allié en Afrique du Nord - le Service des questions juives d'Alger étant resté ouvert jusqu'en mars 1943 -, que le Comité français de libération nationale accéda à la demande des Juifs d'Algérie de recouvrer leurs droits politiques de citoyens,

  " La sensation d'exil intérieur est particulièrement forte s'agissant de l'enseignement. Le fait d'être chassé de l'école de la République restera incontestablement le traumatisme le plus vif de cette période. En 1940, 465 professeurs ou instituteurs sont sommés de quitter leur emploi du jour au lendemain. Une nouvelle campagne antijuive contre les étudiants et les écoliers, pour l'instauration d'un numerus clausus, aboutit à la loi du 21 juin 1941, promulguée en Algérie le 23 août. Aux termes de cette loi, les juifs ne sont plus admis dans les facultés ou instituts d'études supérieures que dans une proportion de 3 % de l'effectif des étudiants non juifs inscrits l'année précédente. À la rentrée universitaire de 1941, 110 candidats juifs seulement sont acceptés à l'université d'Alger sur 652 postulants. L'enseignement public, primaire ou secondaire, reste accessible dans les proportions de 14 % des effectifs de chaque école. Une loi du 19 octobre 1942 réduit le numerus clausus à 7%. L'historien Michel Ansky dans son livre Les Juifs d'Algérie remarque que cette loi est appliquée en Algérie avant même sa promulgation. En fonction de ce texte, 19 484 élèves sont immédiatement exclus des écoles publiques. La loi interdit aux élèves juifs de l'enseignement privé de se présenter aux concours et examens d'un niveau supérieur au certificat d'études. Cette mesure, qui touche ainsi l'ensemble de la population scolarisée à la hâte par les institutions juives, est particulièrement ressentie par les familles.

Dès la fin de l'année 1940, en effet, le Consistoire a improvisé une instruction de remplacement, en mettant sur pied un enseignement primaire privé avec l'aide des instituteurs juifs révoqués. À la fin de l'année scolaire 1941-1942, soixante-dix écoles primaires et six écoles secondaires fonctionnent, difficilement. Dans ce pays où n'existe pas encore, contrairement au Maroc, le réseau des écoles de l'Alliance israélite universelle, cette exclusion mise en oeuvre immédiatement et de manière restrictive est un choc, dont témoignera notamment Jacques Derrida.
Né à Alger le 15 juillet 1930, il est âgé d'une dizaines d'années lorsque s'installe le régime de Vichy. Le jour de la rentrée scolaire, en octobre 1941, le proviseur de son lycée le convoque et le congédie. Le tout jeune adolescent n'est plus français, et en tant que juif est exclu de l'enseignement. Il gardera de cet affront une blessure ineffaçable mais constitutive car elle fera de lui, surtout à la fin de sa vie, le philosophe des sans-papiers et des sans-abri, l'intellectuel éperdument épris de justice."
L.D.H. (Toulon) .

                                                                           Timbre d'Algérie en Mai 1941:



En Algérie celà commença par le recensement des Juifs dans les commissariats,sous peine de prison...




En  1942 eut lieu à Paris la Grande Rafle des juifs qui fut conduite par la police francaise et la Gestapo. Transportés dans les autobus de la Régie Parisienne d'abord au Vélododrome d'Hiver puis au Camp d'internement de Drancy gardés par les gendarmes,ils attendaient parqués comme des betes leur tour de monter dans les wagons plombés des Chemins de Fer nationaux pour débarquer après plusieurs jours sur les quais pour subir la sélection : directement à  la chambre à gaz pour les bébés et vieillards,et malades, ou pour les jumeaux l'infirmerie où les  attendait Menguele et ses "docteurs"* complices comme Dohmen pour ses expériences à vif, et  pour les autres la mort lente par le froid,la faim, les lourdes  pierres à porter,les coups des sadiques et les appels sans fin sous la douche gelée et enfin le suicide libérateur sur la cloture électrifiée .
De toute les souvenirs de cette période maudite,je retiendrais le témoignage de l'Ingénieur Saul Oren qui a publié son récit aux Editions de l'Harmattan à Paris . Cet enfant polonais,Saul ( Hornfeld) fut déporté avec sa famille,et seul survivant fut élevé en France à sa libération,il faut lire son livre raconté sans la seule passion que la vérité . (J'ai  l'honneur de le connaitre ).
http://judaisme.sdv.fr/histoire/shh/oren/feu1.htm

Si j'ai rappelé le tragique sort des juifs francais ou étrangers  réfugiés en France à cette époque,c'est pour signaler au jeune lecteur que l'Algérie était prete à suivre les consignes de la France collaboratrice  et observait  avec zèle les consignes de Vichy . Déjà les opposants républicains,des communistes et des juifs furent envoyés dans les Camps un peu partout dans le Sud, comme celui de Bedeau gardé par de féroces légionnaires allemands et pour y mourir du typhus ou des mauvais traitements . Le débarquement du 8 Nov 1942 arriva à temps,et ( quoique  celà soit peu connu) les israelites déchus de leur nationalité  française ne la retrouvèrent qu'en 1943 !! .    ( Les américains jouant au début la carte Giraud; bien que 90% des résistants qui aidèrent à paralyser Alger en attente du débarquement  américain, étaient juifs, dont les plus célèbres étaient de la famille Aboulker et Carcassonne )..

En Octobre 1942 le Proviseur du lycée E.F. Gautier envoya à la maison cette lettre :



Lycée Gautier
                                                                                                                      Alger,le 2 Ocobre 1942


Monsieur,

Je vous prie de bien vouloir trouver ci-joint une notice contenant les conditions d'admission des élèves juifs qui viennent de m'etre notifiées.
Votre fils doit attendre à la maison la décision de la Commission que je vous communiquerai immédiatement .
Ceci bien entendu à condition qu'il possède un des deux titres exigés.
Dans le cas contraire,je vous demande de me prévenir .
Veuillez agréer,Monsieur,mes salutations distinguées .
                                             Le Directeur :
                                                 X . Blanc

( Ma mère étant pupille de la Nation de 14/18, mon frère (" privilégié" !! ) fit parti du quota du numérus-clausus ,et rejoignit sa classe ) . Il n'en fut pas de meme de mes cousins .

J'avais reçu un jour un témoignage de Jean Brua sur l'expulsion d'un élève de 7 ans :
"Les photos des pièces me rappellent un bon et un mauvais souvenir de 1941.Le bon, c'est que j'avais reçu une pièce de 5 F francisquée  de ma tante pour une place de 1er en CE1. J'avais tout dépensé le jour même... en pétards, ce qui en faisait un sacré paquet !
Le mauvais, c'est que j'avais assisté peu après à une scène odieuse dans le même cours : l'expulsion, devant tous les élèves, du seul élève juif  de la classe par le directeur, M. Saindely, avec la complicité haineuse de la maîtresse, Mme Mas. Quand j'ai rapporté la scène à la maison, ma mère a éclaté en sanglots et s'est rendue un peu plus tard chez les parents pour leur témoigner notre solidarité.Je sais que ta  famille a souffert des mêmes injustices. Je n'avais pas tout à fait 7 ans, mais je n'ai oublié aucun détail de l'incident et encore moins le chagrin de mon camarade."

Je viens d'entendre à Jérusalem cette semaine de Mai, une conférence d'Albert Bensoussan qui en parlant des professeurs israélites chassés de leurs postes, formèrent des classes privées pour les enfants  expulsés de leurs écoles et lycées.( Numérus Clausus).Et justement il cita le dévouement d'un Albert Camus qui vint aider  enseigner cette génération pour ne pas prendre de retard.
Personnelement j'avais entendu parler dans ma famille de l'éminent  Professeur de Mathématiques Spéciales à Bugeaud ,Henri Adad,agrégé de math en 1927,qui fit aussi parti de ces enseignants sauvés de la misère par  ces classes improvisées de la rue Emile-Maupas,à coté de la Bibliothèque Nationale,dans la basse -Casbah.
 
"  Adad H. Recherches sur les surfaces plusieurs fois cerclées. "Annales de la faculté des sciences de Toulouse Sér. 3, 27 (1935), p. 259-364
Notice complète | Texte intégral djvu | pdf | Analyses Zbl 0014.27702 | JFM 62.1452.01
En pdf pour les mathématiciens et les curieux ,voir surtout la page de garde avec l'entete du Lycée Bugeaud:
http://archive.numdam.org/ARCHIVE/AFST/AFST_1935_3_27_/AFST_1935_3_27__259_0/AFST_1935_3_27__259_0.pdf

Je me souviens de Jacqueline et Henri Adad. Ils habitaient sur les hauteurs d'Alger à la Robertsau et étaient amis de ma famille .Jacqueline frele et fragile de santé, originaire de Clermont-Ferrand était dans les cercles de Bridge très connue .A Alger leur fils Pierre fut un élève extrèmement brillant (Ingénieur des Mines) pour qui le Bridge devint sa passion. Il représenta souvent avec succès la France dans les concours internationaux . Quand nous jouions moi et mon frère chez-lui pendant que les mères papotaient,par jalousie sans doute pour son train mécanique objet fort rare en ce temps-là, je cherchais souvent à le faire dérailler en activant faussement les aiguillages, et alors les wagons filaient sous  le balcon en fer forgé pour tomber dans le jardinet en contre-bas ! Il est temps de demander pardon à Pierre que je n'ai depuis pas revu. 
Pierre Adad :
http://www.imp-bridge.nl/players/1463pl.html

Maintenant que nous avons passé rapidement en revue cette époque trouble et avons séparé le bon grain de l'ivraie,nous pourrons grace aux "Correspondances de Guerre" de Fernand Pistor,suivre la France combattante,
composée principalement de citoyens nés en Algérie et de toutes les classes et religions ,sur les chemins de sa gloire de 1943 à 1944. Louis Lataillade un de ses fidèles amis  avec Edmond Brua, nous fera découvrir Fenand Pistor grace à sa magnifique préface aux " Correspondances de Guerre "

ו Dans le prochain article, je pourrai commenter le livre " Correspondances de guerre",que j'ai commandé dans une librairie d'occasion du Sud de la France,que j'ai hate de lire car ce fut aussi le trajet de mon père et de mes oncles sur les chemins de la Tunisie,d'Italie et de  Provence .
                                                                     
                                                                                       

                                                                            

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Monique 06/06/2008 16:22

"le bon grain de l'ivraie": relisez l'explication de "semer la zizanie". Ce denier mot signifie "ivraie" en grec! semer l'ivraie-zizanie (provoquer des disputes) sournoisement, c'est un acte de malveillance, qui nous oblige à faire preuve de discernement, lors de la récolte; tout n'y est pas bon, et il faut alors séparer le bon grain de l'ivraie! Bravo, Georges, pour ces pages.

Jacqueline 05/06/2008 18:49

Votre site mon cher ami est encyclopédique..Ce n'est pas une vaine adulation que la mienne..vous offrez à vos lecteurs un foisonnement de liens qui ne pourront qu'enrichir leurs piètres (je parle de moi) connaissances.Les témoignages sur la période "vichysoise" de notre belle ville ne sont pas monnaie courante..Bien à vous

Présentation

  • : des souvenirs dans un mouchoir
  • des souvenirs dans un mouchoir
  • : souvenirs d'enfance et d'adolescence
  • Contact

Recherche