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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 15:18

En cherchant précédemment une illustration de la Campagne algéroise, (lors d'un billet précèdent) j'ai tardivement découvert ce peintre français Edgar Stoebel, qui lui-même natif d'Algérie, s'est enthousiasmé pour la musique de Jazz au contact des libérateurs américains en 1942, lorsqu'il s'engagea au 7ème R.T.A., et fit la Campagne d'Italie aux cotés des alliés.
Cette fréquentation alla révolutionner sa peinture.  Le tableau ci-dessous est l'interprétation de son style original de dessinateur où  mouvement et  musique ne font qu'un .

Stoebel Edgar "Piano-Jazz"



Edgar Stoebel, (1909-2001), né à Frenda près d'Oran est le pseudonyme de René Teboul Ichoua. Teboul est un patronyme algérien répandu qui signifie "Joueur de Tambour": un nom prédestiné pour Ichoua qui jongla  avec les lignes et les couleurs  avec  la bénédiction du soleil algérien. Il fut élevé dans une tradition judaïque que reflète ce tableau, comme un instantané transparent d'un Mariage Juif sous le Dais traditionnel .


            Stoebel Edgar " Le Mariage Juif"               





Deux Fillettes
Aux multiples fleurettes

Stoebel Deux Fillettes



Toujours dans son oeuvre figurative, un typique Paysage Breton
au ciel chargé
  Stoebel Paysage Breton
Et un "Rivage Breton" dont les traits saillants et dépouillés rappellent la rudesse du pays d'Ouessant .

Stoebel Rivage Breton

  Le "Tire Bouchon" :
Les teintes plates et les traits droits nous font penser à Utrillo.


stoebel01 Le Tire-Bouchon



Dans un style tout différent , il  exprime le meilleur de lui-meme dans ce dessin, cher à son invention de la Figurasynthèse.


 Encre de Chine

Stoebel Figurasynthese Encre de Chine



Colombe, Chandelier à Sept Branches et Religieux à papillotes
des motifs de son éducation algérienne.



Et une danse étourdissante avec cette  "Femme sur fond rouge"




                                    
En ce qui concerne ces oeuvres, la cote de ses tableaux ne cesse de s'élever, Ichoua Teboul étant enfin très apprécié des connaisseurs .


Cet artiste aux multiples talents qui évolua dans la Bohème Parisienne  comme un poisson dans l'eau, buvait la vie à grandes lampées .
Ichoua Teboul fréquenta, tout en continuant à peindre, un cabaret près de l'Olympia où il chantait ses propres textes . Il édita à frais d'auteur quelques disques 78 tours :

"Elle a une jolie robe
Il y a quelque chose de dessous
C'est sûrement quelque chose
Qui peut vous rendre fou
Mais entre nous c'est clair
Les affaires en dessous
Sont faites pour nous plaire
Réussir à tout coup "..



Et une autre chanson  "Paulo", intitulée les mat'
las, trop osée pour paraitre en clair:

http://www.bide-et-musique.com/song/10072.html



Le lecteur trouvera un grand intérêt à lire plus de détails de la biographie
d' Edgar Stoebel dans ces liens dont j'ai extrait mes informations , et aussi à visiter ses oeuvres, si vous êtes de passage  à Paris:

http://www.museedumontparnasse.net/DP_stoebel.pdf

http://www.gerard-hadjer.com/photosStoebel.php


http://fr.wikipedia.org/wiki/Edgar_Stoebel



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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 11:09








friends-12
Je remercie l'internaute  qui m'a envoyé cette photo


Chers amies et amis,

Ces deux camarades, si différents que nous pouvons l'être aussi parfois l'un de l'autre  me permettent de croire que quand même le genre humain finira  un jour à se mettre en paix avec lui-même, au moins pour le bien de notre descendance , avant qu'il ne soit trop tard . Cette année encore nous avons eu le plaisir d'échanger des messages, les vôtres toujours instructifs, qui ont raccourci les distances qui nous séparent, avec en fond de teint, les souvenirs colorés de l'Algérie d'alors. J'espère que nous resterons longtemps ainsi à pouvoir échanger nos idées, avec des messages humoristiques ou sérieux , tant que nous le permettra la santé et les circonstances indépendantes de notre volonté . Chacun et chacune de nous a atterri plus ou moins en douceur il y a cinquante ans, sur la drop-zone choisie pour recommencer sa vie, mais nous avons en commun le privilège de savoir que l'identité Nationale, mot si à la mode, n'est pas seulement un tampon sur une carte, mais un tout indestructible et précieux que nous ont enseigné nos parents dès notre plus jeune âge ainsi que  nos dévoués instituteurs d'Algérie.  Si pour vous en métropole l'avenir n'est chargé que (!!) des nuages gris de la récession et que vous souffrez des fois du choc de ceux qui non seulement refusent de s'intégrer mais veulent vous mettre au pas, pour moi la situation est bien plus claire. J'ai choisi de vivre en Israel, car dès 1967 j'avais prévu que l'antisémitisme en France reprendrait son effroyable visage d'avant guerre, et c'est un fait qui n'est presque jamais raconté dans la grande presse, que nombreuses sont les violences dont souffrent les enfants juifs à l'école, sur le chemin de l'école, et aussi les adultes attaqués au hasard des traits de leurs visages .
 Il y a un courageux bureau parisien qui enregistrent leurs plaintes et les transmet aux Commissariats de Police, mais la Justice est étrangement lente.
La propagande palestinienne a réussi à noyauter une bonne partie de la presse mais aussi déjà en 1962 , bien avant la Guerre des Six Jours déclenchée par Nasser (qui contrôlait alors la bande de Gaza et y entretenait la  haine et la pauvreté !!), je voyais les bureaux de leur propagande raciste installés au coeur des Universités dont les murs et les tours étaient barbouillés de leurs slogans nazis qui jusqu'alors tapissaient les urinoirs ou les coins sombres du métro.
Jour après jour ils ont enfoncé le clou dans le cerveau des citoyens français pour en arriver à transformer les innocentes victimes juives en assassins, et les terroristes islamiques en résistants.  Ils sont aussi été encouragés dans leurs mensonges historiques par de hauts dignitaires négationistes (comme Mgr Williamson et ses amis) qui après une brève ex-communion, viennent officiellement de rentrer dans le sein de l'Eglise.

NaziPriestsSaluteHitler
      L'Eglise et "Heil Hitler". A droite, le sinistre Goebels Ministre de la propagande nazie .


Près de 65 années après l'ouverture des Camps où six millions de Juifs ont péri de faim, de froid, de coups,par balles, gazés, brûlés, disséqués ou enterrés vivants,  le cauchemar recommence avec la proche canonisation du Pape Pie-XII, au service actif du Führer,avant la guerre en signant le Concordat avec l'Allemagne d'Hitler, pendant la guerre en bénissant les troupes nazies et leurs exactions et après la guerre en fournissant des passeports de complaisance aux criminels pour les sauver des mains de la Justice.
Une grande joie pour les négationnistes qui après 65 ans de sape rebaptisent  l'Histoire et souillent le souvenir de l'Holocauste. C'est à désespérer des hommes .

L'extrême droite et l'extrême gauche, qui se ressemble s'assemble, ont donc un dénominateur commun  avec Aminhedjad le dictateur de Téhéran, qui chaque jour vomit en arabe et en anglais sa volonté de détruire physiquement l'Etat d'Israel. Ses centrifugeuses d'enrichissement de plutonium tournent sur terre et sous terre et l'Iran nargue les Grandes Puissances, qui je finis par le croire, font semblant de s'opposer au rêve qui n'en est plus un, de la réalisation d'une arme nucléaire iranienne . Je crains qu'en cette année 2010 Israel se retrouve seule  devant cette menace qui changera par son chantage la face du Moyen-Orient. Israel affaiblie, ce sera comme une onde de choc jusqu'aux plus profond des campagnes.
En cette veille des Fêtes de Noël* et de l'année Grégorienne, je vous souhaite une excellente santé et vous adresse mes voeux les meilleurs pour vous et votre entourage .

Bartolomeo Veneto  : La Circoncision de Jésus


Musée du Louvre (1506)

BARTOLOMEO VENETO La Circoncision. de Jesus
* Vous n'oublierez pas que le nom original de Jésus est Ichoua et que le 1er Janvier, huit jours après sa naissance, il fut circoncis comme tout bon petit Juif .

N.B : Hier, celui qui fut le très jeune Capitaine de l'Exodus et le symbole de la lutte de juifs rescapés pour forcer l'embargo britannique , vient de mourir à son Kibboutz . Ce sont des hommes comme lui au coeur d'or et à la volonté d'acier qui me permettent d'espérer en l'avenir d'Israel , après 65 ans encore ballotté par les flots.
Et puis à l'instant je viens d'entendre à la radio qu'un innocent automobiliste israélien vient d'être assassiné par balles par de lâches terroristes. Il laisse une veuve et sept orphelins. C'est ainsi l'interprétation des Fêtes par les palestiniens .
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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 18:51
Pièces Algérie Francaise
Déjà presque la mi-Décembre et enfin le ciel se couvre de son manteau gris et l'air froid pique les narines. Il est temps de sortir les vêtements d'hiver. J'ai des manteaux de pluie et des blousons de toutes sortes, rangés comme pour une revue mais depuis quelque temps je préfère une espèce de veste très légère et imperméable avec capuchon, de couleur bleu foncé mais pas même fourrée.
 Elle appartenait à mon père qui la portait souvent à Paris, et de son armoire, j'avais choisi de conserver ce souvenir vestimentaire qui me rappelle de loin sa silhouette quand de la fenêtre je le voyais sortir le matin. Il préférait aller à pieds à son Labo des Ponts et Chaussées où il traduisait des ouvrages d'ingénierie russe en français et anglais.
 La couleur est maintenant un peu passée et avec des reflets moirés dus aux frottements du tissu. Les coutures chaque fois sont refaites  artistement à la jonction des manches lustrées qui s'usent le plus vite, mais la fermeture-éclair coulisse encore bien. Somme toute, je suis avec lui encore présentable, et avec mes cheveux blanchis j'ai moi-même l'air de papa d'il y a quelques dizaines d'années, sans hélas sa patiente bonté, sa culture universelle et son intelligence hors-pair .
Quand je mets mes mains dans les poches j'ai toujours la surprise de tâter une trouvaille car la doublure intérieure  n'a pas résisté au pointu du trousseau de clefs* et ainsi se baladent prises au piège des boules de papier-mâché qui furent des tickets avant leur passage dans la machine à laver, des piécettes brillantes et même des bonbons à la menthe dans leur cellophane. Non ne  vous trompez pas, je n'ai pas l'air d'un clochard, le tissu tombe sans pli et de loin a même un petit air sportif. A propos de surprises, quand j'étais très jeune je jouais à cacher mes billes sous le coussin du fauteuil de la chambre de mes parents et après m'étonnais toujours d'en retrouver de bien plus grosses en agate aux riches  couleurs que subrepticement glissait mon père pour m'émerveiller.
Mes vestes neuves, chaudes et rembourrées pourront attendre encore un peu, puisque ainsi je peut rester près de mon père et sentir sa chaleur et même des fois lui poser des questions en imaginant ses réponses. J'ai de la chance car il ne se servit pas de canne, c'est toujours un objet trop triste à regarder. Je me souviens des vers qu'il aimait tant déclamer du "Bateau Ivre" en allongeant le pas, pour faire oublier la longueur du chemin :

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais......

(Arthur Rimabaud "Le Bateau Ivre") .

Mais combien de temps encore pourrais-je me réfugier dans ce vêtement, et j'appréhende le jour où il deviendra trop fragile pour même tenir sur un cintre. Il est irremplaçable comme un père pour sa famille. J'oserai même dire qu'il me serait préférable de disparaître avant qu'il ne séparât de moi, tant j'en serai chagriné. Mais ne serait-ce pas pousser trop loin l'idolâtrie des objets ?, chose défendue dans le Judaïsme.
Je ne pourrais même pas laisser à mes enfants ces milliers de livres qui tapissaient sa bibliothèque à Alger. Avec l'arabisation de l'Algérie en 1962 tous ces livres choisis avec soin en fin de semaine aux Éditions de l'Empire et lus avec amour ont sans doute disparu dans la poubelle de l'Histoire .
Maintenant je dois quelques fois chercher mes mots, ce qui pour moi est le plus humiliant, et je me sens glisser comme sur une corde noeuds pour me raccrocher à des expressions qui traduiraient précisément mes pensées. Les Fleuves de mots ne me laissent plus descendre où je voudrai et moi aussi je ne suis plus guidé par ces haleurs de la langue française, je butte dans mes phrases et j'en accuse des assassins d'il y a cinquante ans qui choisirent comme premières victimes ce couple d'instituteurs, les Monerot venus apporter les Lumières de la France laïque dans un douar isolé dans une montagne de Kabylie .

*Note explicative tragi-comique:

"Tocca Ferro" ou "Touche du Fer" !

  Que le lecteur me pardonne, mais en fait peut-être que la doublure de la poche était trouée à force d'y agiter les clefs en croisant sur le trottoir une soutane innocente, tout en prononçant dans un fou-rire un silencieux "Tocca Ferro" pour éloigner le mauvais sort, comme nous en avions l'habitude !.
Il est vrai que nous n'avions pas oublié les Rois Fernand et Isabelle qui avec l'aide des  successifs Torquemada  torturèrent les Juifs pour essayer de les convertir, et les chassèrent de leur patrie espagnole. Le Roi du Portugal en fit autant. Même les "Maranes" qui se plièrent à ce dictât religieux et renièrent par force leur judaïsme ne trouvèrent pas le repos .
Ainsi ce fut en 1492, après le Décret de l'Alhambra, que l'expulsion en catastrophe  conduit une partie des 200.000 juifs espagnols en Afrique du Nord .
En 1541 Charles Quint fort de son succès sanglant à Tunis où il mit à mort
nombre de Juifs, essaya avec une importante flotte de conquérir Alger. Mais une forte tempête drossa ses navires sur la cote. La Communauté juive d'Alger angoissée et qui se souvenait des récentes persécutions subies en Espagne, écrivit une action de Grâce ("Piyout" en hébreu), pour remercier Dieu de les avoir sauver de la soldatesque de Charles Quint. La synagogue au nom du Rabbin d'Abentoua dans la Casbah, (et depuis très longtemps détruite ), avait sa chaire construite dans le bois d'une membrure d'une galiote espagnole éventrée sur les rochers.


Alhambradecret

Décret d'Alhambra :
..."Nous avons décidé d'ordonner à tous les juifs, hommes et femmes, de quitter nos royaumes et de ne jamais y retourner. A l'exception de ceux qui accepteront d'être baptisés, tous les autres devront quitter nos territoires à la date du 31 juillet 1492 et ne plus rentrer sous peine de mort et de confiscation de leurs biens ..."

Sachez que le Décret de l'Alhambra est resté officiellement en vigueur jusqu'en l'an 1967 (mille neuf cent soixante sept !!) et fut abrogé alors par le Ministre du Tourisme espagnol .


Mais dans ma jeunesse, lorsque les "Cornettes" sonnaient régulièrement à la porte de notre appartement pour demander la charité, (comme le faisait aussi souvent l'Armée du Salut), c'était moi qui courait leur donner l'obole, prise d'une coupelle de pièces réservées à cet effet par maman  dans un coin de la cuisine.

Cornette
Je me souviens d'elles, de leur bon sourire, quêtant silencieusement deux par deux, vêtues de leur ample robe bleue et de la large cornette blanche amidonnée .
De loin, on pouvait croire à des voiles gonflées glissant sur la Méditerranée .


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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 19:17
Poisson Chinois


Ce matin de début Novembre, mes poissons rouges ne m'accueillirent pas comme de coutume par des cabrioles aquatiques et en écrasant leurs lèvres  vermillons contre la vitre de l'aquarium. Ils faisaient la planche, endormis la bouche ouverte, insensibles à ma présence et au bruit de la boite à grains que j'agitais comme une carioca pour leur souhaiter un bon matin . 
Tout simplement ils étaient morts, bercés dans un nid de bulles qui montaient du fond de leur paysage sous-marin. Je ne pouvais quand même pas leur faire du bouche à bouche pour essayer de les réanimer.
J'ai pensé à une nourriture empoisonnée, mais ces granules ne sont pas fabriquées en Russie.
Peut-être étaient-ils morts de rire en écoutant à la proche TV le rapport Goldstone*. Peut-être étaient-ils morts d'inquiétude en lisant la manchette du Journal que je pose chaque soir pour les abriter de la lumière du lustre et les inviter ainsi à dormir. (En gros titre," Le Hamas a expérimenté à Gaza une fusée fabriquée en Iran pouvant atteindre le coeur de Tel-Aviv").
Et tous les Cyprins n'ont pas le coeur  aussi solide que les Tel-Aviviens.
Car hier justement, je pense avoir trouve la solution de cet énigme médical. A onze heure du matin, il y a eu un essais des sirènes d'alerte dans tous les quartiers et je n'avais pas pensé à prévenir mes amis. Cette musique ondulante qui descend des hauteurs sur la ville et qui me pétrifie, l'eau l'a transmise pendant deux minutes et a du les saisir d'effroi, ces habitants habitués au calme des abîmes et aux caresses oxygénées.
Seul, le petit poisson noir et laid, dont le rôle est de nettoyer les parois des détritus microscopiques qui engendrent la mousse verdâtre, continuait consciencieusement son travail de balayeur. Tout concentré dans sa tache il n'avait rien entendu. Mais ces Princes à la traîne mordorée ont bien choisi leur date de décès, car le mois de Novembre est riche en évènements historiques.

Le Premier est la date de l'insurrection des Algériens en 1954, avec sur une route de l'intérieur de la Kabylie, l'assassinat des occupants d'un car. Guy Monnerot et sa femme étaient deux Instituteurs dont l'idéal était d'aller enseigner le savoir français dans un petit hameau algérien. Guy fut la première victime égorgée par le F.L.N. L'institutrice fut laissée pour morte sur la route. Un des passagers, le Caïd Hadj Sadok* qui voulut les protéger fut lui aussi assassiné .

Le 4 Novembre 1995 Ytzak Rabbin, Premier Ministre, l'artisan de la victorieuse Guerre des Six Jours de 1967, tombait sous les balles d'un juif fanatique, un Ravaillac israélien. En fait il ne tua pas la Paix, car pour la vouloir il faut être deux et Yasser Arafat avait tout fait pour la torpiller en planifiant les assassinats au coeur du pays hébreu. Les carcasses d'autobus fumantes presque quotidiennes avec leurs passagers mutilés furent une de ses sinistres interprétations de sa Paix .

Le Huit Novembre 1942, les alliés débarquaient en Afrique du Nord Française . Un groupe de résistants juifs dont le Chef était José Aboulker, paralysa les centres névralgiques d'Alger pour des heures précieuses à l'avancée americaine .
Ils sauvèrent ainsi par ricochet la déportation des Juifs recensés déjà dans les Commissariats de quartiers, dont moi âgé de trois ans. Les étoiles jaunes étaient déjà commandées. Mais étrangement ce n'est qu'un an après que les Lois d'exception de Vichy furent abrogées  que les prisonniers enfermés dans les Camps du Sud-algérien furent libérés et que nous retrouvâmes notre nationalité française !

Le 11 Novembre 1918 célèbre l'armistice entre la France et Allemagne. L'Alsace et la Lorraine imbibées du sang des combattants allaient fournir d'excellentes cuvées. Quelle horreur quand je pense à ces millésimes ! Les régiment de Zouaves constitués de "pieds-noirs" dont mon Grand-Père allèrent abreuver de leur sang les sillons de la France. Cinquante après leurs enfants étaient chassés d'Algérie par un référendum métropolitain ! L'Histoire jugera .

Le 22 Novembre, c'est l'anniversaire de maman. J'aime à la revoir jeune sur les photos qui lentement jaunissent. Je souris à la mode d'alors qui l'habillait après la guerre. Je l'entends encore aller de son pas rapide et décidé en frappant le sol de ses talons hauts et moi je redoublais mes enjambées tant j'avais de la peine à la suivre dans ses courses.

Novembre en Israel est le mois le plus agréable à vivre du point de vu climatique. L'air est frais mais le soleil dore encore la Nature. Le paysage
a été lavé par la première pluie timide, du nom qui sonne joliment aux oreilles israéliennes: la "Yorée". Mais espérons que le ciel sera plus généreux en précipitations que les années précédentes déficitaires .


* Un torchon recommandé par l'ONU pour accuser Israel de s'être défendu pour mettre un terme à 8 ans de bombardements de jours et nuits de ses civils par des milliers de fusées tirées  de Gaza. En plus la propagande palestinienne accuse les soldats israéliens de tuer des arabes pour s'en servir pour faire des transplantations...  Quand on sait que les enfants cancéreux de Gaza sont traités dans les plus modernes hôpitaux d'Israel de même que leurs déformations cardiaques opérées gratuitement, avec les familles à leurs chevets, je rage d'impuissance en lisant ces accusations moyenâgeuses .

*Reçoit l'appellation de Hadj le musulman qui a fait le saint pèlerinage de la Mecque .

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 15:30


 


"Marcher vers la sainteté", tel est un article en anglais écrit par Admiel Kosman dans le journal israélien "Haaretz". dont j'ai traduit (mal) quelques passages .

De 1881 à 1888, deux ans avant son suicide, Vincent van Gogh a peint huit représentations de vieilles chaussures.




"L'une d'entre elles, exposée au musée Van Gogh à Amsterdam, est par la suite devenue l'entretien de salon post-moderne. La clef de voûte de cette discussion complexe, a été fournie par le philosophe allemand Martin Heidegger, qui a visité le musée en 1930. Heidegger a employé la peinture pour démontrer sa thèse au sujet de l'essence de l'art. Selon lui l'art a un rôle qui est antithétique à celui de la technologie, qui elle ,asservit l'homme dans une course pour commander le monde.




L'art, en revanche, permet à l'homme de saisir pendant un instant sa signification d'être ici dans ce monde. Il lui permet de voir d'autres choses que que les objets prévoyaient pour leurs usages.  Ces chaussures, Heidegger pour quelque raison a décidé qu'elles appartiennent à une femme du monde rural. Dans « le poids raboteux » de ces chaussures, il voit la ténacité d'un femme innocente marchant dans la campagne.
Le psychopathologist renommé Kurt Goldstein,d'Amsterdam, s'est réfugié aux Etats-Unis deux ans avant que Heidegger ait donné une série de conférences qui ont été éditées en 1935-36 comme « Origine de l'oeuvre d'art, » et qui incluent la discussion au sujet de la peinture de Van Gogh. À l'Université de Columbia Goldstein a porté les mots de Heidegger à la connaissance de l'historien d'art Meyer Schapiro. Schapiro les a considéré et a contesté Heidegger en décidant que les chaussures n'ont appartenu ni à une femme ni à un paysan ; en revanche, elles étaient les propres chaussures de Van Gogh. Preuve d'une certaine date de la peinture en 1886, quand l'artiste résidait avec son frère Théo à Paris. Ainsi Schapiro rejette la description campagnarde de Heidegger. L'argument de Schapiro se repose en partie sur une description occasionnelle des chaussures de Van Gogh qui apparaît dans les mémoires de Paul Gauguin. Par ces chaussures le disciple en voit la vie misérable de Van Gogh .



Schapiro ainsi que Jacques Derrida ont donné  une conférence commune  1977, explorant la « vérité » de l'acte artistique. Derrida abordera plus tard le sujet longuement dans son livre « la vérité dans la peinture, » dans ce qu'il a présenté, entre autres, à une série de questions soulevées par le conflit de Schapiro-Heidegger. Dans ce cas-ci, dit Derrida, ils prêtent à la peinture de multiples intentions, alors qu'il remarque, dans un aparté,qu'il existe des choses plus pressantes  en arrière-plan, telles que les nombreuses paires de chaussures perdues se situant quelque part dans un amas. Derrida pour un instant dénonce la frivolité de la discussion de Heidegger, qui s'engage dans un entretien à vide tandis qu'un peu plus tard s'empileront  les chaussures des victimes de l'Holocauste (1) .En février 1943, par exemple, Himmler a reçu un rapport de 22.000 chaussures d'enfants entassées à Birkenau).




Une autre voix qui plus tard a joint la discussion était celle du critique littéraire Fredric Jameson, de Duke University, qui, écrivant d'une perspective marxiste, a souligné la misère qui pleure  des chaussures des pauvres. Avec lui, les chaussures représentent « le monde humain rudimentaire de totalité du travail dur rural épuisant, un monde réduit à son état plus brutal et plus menacé, primitif et marginalisé, » comme il a écrit dans le « Postmodernism, ou à la logique culturelle du défunt capitalisme »). Jameson parle plus généralement des peintures rurales de Van Gogh, voyant même les arbres dans les campagnes, avec leur richesse de couleur, en tant que « bâtons épuisés sortant du sol pauvre. »

Dans l'esprit de ces mots, et pas en contradiction avec eux, on pourrait offrir une autre perspective. Il est bien connu que Van Gogh a été un homme profondément religieux.  En 1877 il a étudié la théologie à Amsterdam, et bien qu'il n'ait pas accompli sa formation, il a commencé un an après à travailler en tant que missionnaire dans la région belge de charbonnage de Borinage. Là, aussi, il a clairement senti une identification profonde avec la pauvreté des mineurs locaux.
Par conséquent, le motif des chaussures devrait être compris en tant qu'expression non seulement de l'obscurité, comme les disciples du travail de Van Gogh ont réclamé ; c'est également une expression religieuse optimiste, une déclaration que ces régions pauvres sont exactement d'où le salut et la révélation viendront (et de ce que, peut-être, explique également le mystère de la couleur riche). Ces chaussures reflètent la grande pauvreté et une vie difficile, mais à la différence de Jameson, je crois que Van Gogh ne proteste pas contre le « capital » ici. Van Gogh va avec ses  chaussures beaucoup plus loin que cela, et il écrit, dans la langue de la peinture, comme la Bible Hébraïque, où il est dit à Moise devant le Buisson Ardent : « Retire  les sandales de tes pieds, car l'endroit sur lequel tu te tiens est la Terre Sainte » (exode 3 : 5)..."

Pour moi, qui eut la chance d'être le temps d'un été un humble volontaire dans un kibboutz, des godasses  sont le souvenir heureux de mes journées de labeur dans les vergers. A mon tour, je réalisais le rêve judaïque du retour à la terre, de cette terre qu'il nous fut partout interdit de posséder et qui reléguait ainsi mes ancêtres au sort de Juifs Errants. Je me revois revenant avec mes compagnons à l'heure du déjeuner. A l'entrée de la salle commune, je décrottais mes souliers de la terre rouge sous le filet d'eau, tout fier d'imiter ces kibboutzniks, hirsutes et tannés par le soleil, et allais m'asseoir en traînant mes pieds comme un vétéran, vers la première place libre .La nourriture frugale de mon plateau jamais ne m'apparut aussi délicieuse....

 (1) Il est connu que dans bien des coutumes et par signe de respect, les chaussures sont laissées devant les portes. C'est ainsi une obligation dans la religion musulmane . Et même actuellement chez les rares Juifs Karaites (20000 en Israel) qui se déchaussent pour prier à la Synagogue.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Kara%C3%AFsme

 (2)
6/2/1943:Himmler reçoit un rapport sur la quantité de matériaux récoltés sur les déportés de Birkenau: 97 000 habits d’hommes, 132 000 pantalons d’hommes, 97 manteaux de femmes, 3 000 kilos de cheveux. Les récupérations d’enfants incluent 15 000 manteaux, 11 000 vestes, 9 000 robes, 22 000 paires de chaussures.

Note:
Est-ce utile d'ajouter que moi aussi je dois ôter mes chaussures avant d'entrer chez-nous, question d'hygiène et pour ne pas salir le carrelage ? Un impératif plus brûlant que le Buisson !

- Maintenant j'apprends que vient d'être mis aux enchères un de ces tableaux, au prix de départ de vingt millions de dollars.... soit vingt  millions de chaussures neuves !
....Quand on sait que Van Gogh est mort dans la misère !!



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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 08:27





Le Musicien inconnu



Mon paysage est simple,
Sous ma fenêtre un arbre vénérable
Une sorte d'érable,
Qui n'est pas là pour la rime
Car il est le roi du jardin,
Une cité pour tous les bijoux ailés
Qui les abrite du soleil en été
Et en hiver les protège du vent glacé.
A ses pieds un banc, pour les mamans et leurs couvées,
Les pigeons s'y pressent pour becqueter
Les miettes des goûters.
Ils ne s'effrayent ni des cerceaux, ni des petits pieds bottés.

Lorsque le soir tombe et que sonnent les carillons,
Une ombre furtive enjambe le portillon
Déballe sa maison,
S'entoure d'une couverture, et serrant dans ses bras un violon
S'endort sur le banc avec comme compagnon d'occasion
Un chat noir décharné
Qui se réchauffe à ses pieds.

A l'aube, quand le soleil dore les plus hautes branches
Et que les oiseaux s'essaient timidement à pépier
Le vagabond se lève, étire ses membres ankylosés
Par le froid et l'humidité,
Bois un grand bol d'air frais en guise de café,
Plie sa besace, et disparaît avant que le gardien
Ne vienne ouvrir le jardin aux  passants pressés:
Une traverse charmante de feuilles jonchées
Qui crissent sous les pas joyeux des écoliers engoncés.

Au coin d'une rue, devant la banque aux larges baies
Je l'ai retrouvé, cet artiste avec son costume froissé
Tirant son archet sur un violon au vernis écaillé.
Dans le bruit des autos,
Sa musique n'avait pas d'écho.
A ses pieds de rares piécettes dans son béret fatigué
Tandis que vont et viennent à ses cotés
Des inconnus qui transforment en billets
Une  curieuse carte codée.

Sans logis, sans famille, il s'accroche à la vie
La terminant au son d'une Petite Musique de Nuit
Flattant les oreilles de passants gênés,
Qui pressent le pas et détournent la tête
De la misère qui se joue à leurs pieds.

Soudain s'ouvre la porte vitrée,
Vint à lui un homme au col amidonné et cravaté,
Lui enjoint de s'éloigner, et d'aller mendier
Loin de la clientèle qui se presse aux guichets.
Comme un Crainquebille moderne, il dut obtempérer.

Le lendemain quand je revins dans le quartier
Le trottoir était noir du monde qui retirait sa monnaie
Car la banque était assaillie par des rumeurs fondées :
Comme un château de cartes, les cours s'écroulaient
Et chaque matin naissait un musicien qui tendait la main !
Tous formaient un orchestre que la foule applaudissait.
Ce n'était pas le Pactole*
Mais le vieil homme était sauvé par les oboles.
Il gagnait suffisamment d'argent pour s'acheter un dîner,
Et le partager avec le chat et la gent ailée du jardin enchanté.

Fffou ! fffou !, cher lecteur ce n'est qu'une fourmi égarée
Sur ma feuille de papier
Que je viens de chasser
Avec les miettes de mon pain tressé.
Peut-être reviendra-t-elle demain
Affamée, armée d'un archer
Pour jouer sur cette ligne inachevée
Quelques notes, et quémander
La charité s'il vous plaît !

 

Note:
Ce musicien jouait rue Dizengoff, une rue de Tel-Aviv. Il tirait de son instrument les tristes accords de "La Cinquantaine", une musique que mon père aimait jouer comme lui au cello. Ce vieil homme, un ancien citoyen de l'ex-URSS,  m'a souri, résigné, lorsque je lui ai demandé l'autorisation de le photographier. J'ai eu  honte de mon audace. Je lui dédie ce modeste texte qui n'a de valeur que de rappeler ceux qui  eurent un passé plus brillant et que le destin a conduit à mendier.
Écoutons "La Cinquantaine" de  Jean-Gabriel Marie (1852-1928):

http://www.youtube.com/watch?v=EoMK8KlwCuM


*Pactole: http://fr.wikipedia.org/wiki/Pactole


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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 18:18


 Le Prisonnier



 



Non, ce dessin n'est pas celui d'un prisonnier à la Santé*, mais bien de moi, prisonnier de ma santé pendant de longues années. Inconsciemment j'avais fait le dessin  de cet enchaîné essayant de se libérer, tourné vers la lucarne d'où perce un rayon de liberté inaccessible, enragé par le désespoir. Bien-sur aujourd'hui ce carré de papier peut paraître excessif, et il m'effraye encore tant il fut l'expression exacte de mon état d'âme quand je sortis de l'enfance pour entrer dans le monde des adultes. Tout simplement je souffrais alors d'un asthme*cruel qui gâcha ma jeunesse. Une maladie qui accompagnait chacun de mes pas avec le sifflement en cadence de mes bronches.
 Je n'étais cependant pas né asthmatique. Je le devins lorsque en 1942 nous devions nous précipiter à l'abri qu'envahissait à chaque alerte le gaz fumigène qui se répandait sur la ville, pour cacher l'armada américaine et les installations portuaires dont nous étions proches. Ma mère me couvrait en vain le visage d'un mouchoir imbibé d'eau de Cologne lorsque nous attendions impatiemment, assis sur nos chaises pliantes la sirène de fin d'alerte.

       Sur le trottoir du Blvd Carnot, face au Port
 une batterie américaine de canons Bofors anti-aériens.

Les algérois  remarqueront à droite le Casino (Hotel Aletti) et à gauche la Nouvelle Mairie



Alger était une très belle ville, comme toutes celles bâties en amphithéâtre avec la méditerranée à leurs pieds. Mais sa situation géographique transformait les bas-quartiers en un bain d'humidité qui montait à l'assaut des collines avec le soleil levant. C'est cette hygrométrie féroce qui remplissait mes poumons de liquide et transformait mes nuits en calvaire. L'asthme disent les spécialistes est un mélange d'allergie mais aussi d'état nerveux, d'angoisse, et de sensibilité maladive.
 Moi j'essayais toutes mes ruses pour tromper l'ennemi qui rampait sournoisement autour de moi. Comme les crises d'étouffement se déclenchaient la nuit quand j'essayais de m'endormir, je décidais un soir de ne plus me coucher. Je m'asseyais devant la petite table dans ma chambre, ouvrais l'épais Gaffiot pour faire semblant de me plonger dans la traduction de ma version latine à rendre le lendemain. En me concentrant sur ces lignes qui sautaient devant mes yeux fatigués, j'essayais quelques fois avec succès à atteindre  indemne la frontière du jour libérateur. Mais le plus souvent je passais mes nuits accoudé à la fenêtre du bureau qui s'ouvrait sur une vue panoramique de la baie .


          Albert Marquet -Le Port Embrumé (1943)





Cette fenêtre avait l'avantage inestimable d'avoir un rebord épais à la hauteur de mes bras qui ainsi pouvaient s'y agripper exactement comme à une bouée . Et la cage thoracique soutenue  me permettait une respiration moins haletante.
 La nuit n'était pas vide. Ses travailleurs  n'étaient pas silencieux aussi. En bas à la gare de l'Agha les cheminots triaient les wagons de marchandises grâce au large réseau de rails en pente. La Tour d'aiguillage se dressait sur ma droite proche du Hamma, illuminée des lumières colorées des sémaphores. Les cheminots libéraient les wagons en desserrant leurs freins pour constituer une rame. Pour éviter un tamponnement trop brutal, ils les accompagnaient  arc boutés sur le marche-pieds pour en fin de course peser de tout leur poids sur le levier de frein  et sauter en marche avant l'inévitable choc qui faisait tressaillir la nuit. Un métier très dangereux.
Je les revois se courbant pour se faufiler entre les tampons et accrocher les lourdes chaînes pour relier les wagons. Ainsi s'organisaient les convois de marchandises. Au petit matin s'y attelaient les noires locomotives à vapeur pour gravir la pente à grands coups de  panaches et disparaître à ma vue dans la courbe vers Hussein-Dey  pour assurer la prospérité des villes algériennes.

Le port aussi était une attraction nocturne avec ses remorqueurs infatigables qui glissaient en silence dans les bassins en rayant l'obscurité de leurs fanaux jaunes et verts. Quand j'étais las de fouiller ces paysages, j'observais sous mes yeux dans ma rue les éboueurs qui déroulaient les longs tuyaux d'arrosage. Ils ouvraient la vanne située au bord du trottoir avec une clef à haut manche en forme de T, et alors jaillissait de la lance en laiton un puissant jet que l'homme botté avait même de la peine à maintenir en se penchant en avant.
Les trottoirs devenaient luisants, décrassés de leurs poussières et les pavés brillaient pour accueillir un jour nouveau. Juste à l'aube, lorsque le Cap-Matifou tout gris sortait de l'ombre éclairé dans son dos par le ciel rose du soleil levant, s'approchait dans un fracas de métal la voiture de la Ville qui collectait les ordures ménagères avec des concerts de poubelles entrechoquées à réveiller les morts. Maintenant tout devenait net, le Djurdjura reprenait sa place dans le décor, les coteaux de Mustapha se piquaient de cubes jaunes, les coins noirs devenaient verdoyants, et dans ma rue les pavés sonnaient du trot des petits chevaux gris des maraîchers. Montait une odeur fraîche de la campagne mêlée à celle du crottin matinal, les premiers tramways tanguaient sur leurs rails étincelants, les camions des livreurs faisaient trembler l'immeuble, les sirènes du port annonçaient une journée de labeur et moi, enfin, je sortais vainqueur de cette nuit interminable .
 
A cette époque, je dus subir tous les assauts des apothicaires. J'étais bourré de théophylline*, de phénergan, ai du respirer un révolutionnaire mélange gazeux de je ne sais quelle composition secrète chez le Docteur Zaffran à Belcourt, faire des cures au Mont Dore et y boire des solutions volcaniques et aspirer des émanations délétères venant tout droit du centre de la terre, et même subir, je n'ai pas encore compris la raison, des jets d'eau à forte pression qui me collaient tout nu au mur de la salle de cure, comme on "soignait" dans le temps les forcenés dans les hôpitaux psychiatriques. Le tout sans résultat convainquant, bien au contraire.
Puisque à chaque retour à Alger, je piquais une crise épouvantable, mais prévue par le célèbre Dr Debidour du Mont Dore, comme une réaction naturelle après la cure !




Du Mont Dore cette photo de mon copain (avec son bateau) prise par un photographe ambulant sur le chemin du bassin du Parc. Je recopie la dédicace presque illisible au dos du cliché:
" En souvenir du Mont Dore à mon camarade Georges .Amitiés. Armand.
Armand Besambles, 103 rue de Javel.Paris 15ème."
Hélas, malgré mes recherches n'ai pu retrouver la trace de mon camarade de cure et de jeux. Je vécus en Auvergne de belles journées radieuses et y découvris la joie de vivre.


A un stade quasi critique, je fus soigné par l'excellent Docteur Georges Benyamine, un homéopathe renommé à Alger, mais qui n'hésita pas au début à me soulager à l'aide de cortisone, médicament radical mais à effets secondaires. Ce Docteur qui connaissait bien les limites de la médecine conventionnelle m'interrogeait souvent après les auscultations habituelles, et ensuite compilait ses gros livres pour choisir un  anti-histaminique au nom savant et calculer la dilution la plus favorable. Dans mes nuits, revenaient alors un rêve bizarre où roulaient vers moi des rangées menaçantes de grosses boules, ou bien parfois aussi c'était un mur d'eau qui sortait de la baie, comme un vrai tsunami avant bien que j'appris l'existence de ce phénomène !
Ce Docteur nous dit un jour, que le seul remède efficace serait d'aller habiter à.... Colomb-Bèchar où la siccité de l'air et le calme m'offriraient de meilleures conditions.

Paul-Elie Dubois (1886-1949). Au Désert.



Moi j'étais prêt à faire n'importe quoi pour me libérer de ce carcan.  Mais la situation en Algérie étant catastrophique cette solution devint caduque .
Un soir que j'étais de garde à mon poste d'observation, et regardais de ma fenêtre du coté du carrefour de l'Agha, un éclair bleu jaillit du Maurétania, suivit d'un grondement qui alla se répercuter sur les hauteurs de la ville. Après un court moment, j'entendis dans la nuit sèche de l'été une pluie. Une pluie de débris de verre qui tombait de la façade de l'immeuble aux centaines de fenêtres brisées par le souffle du plastic posé à coté des piliers d'Air France.
Peu de temps auparavant, le petit immeuble des Contributions de la rue Marceau juste derrière la fenêtre de ma chambre, se vida  de ces dossiers que les contribuables avaient remplis, dans une explosion du même genre, cette fois joyeusement accueillie par les citoyens ! Seule une vitre de ma fenêtre se fendilla et je ne jugeais même plus nécessaire de la réparer.
 Les  huit années rougies par les attentats du F.L.N. avec les épouvantables explosions quotidiennes mettaient les nerfs à fleur de peau. Je me souviens particulièrement des explosions mortelles des lampadaires, tout près de chez moi, à l'arrêt des Deux-Moulins, synchronisées par les assassins avec la sortie du Lycée Gautier et des Écoles communales . Les terroristes s'étaient déguisés en employés de la Compagnie de l'Electricité pour mettre des charges à retardement à l'intérieur des pieds des lampadaires en ouvrant la plaquette de visite des fusibles.

Mais dans la vie il ne faut jamais désespérer !
 Un 4 Juin 1958, De Gaulle atterit à Maison-Blanche et je fus l'un parmi les centaines de milliers d'algérois crédules qui attendirent son entrée de Sauveur à Alger. En fin de la Route Moutonnière*,son escorte emprunta la rampe Veuve et Pérez, passa devant l'École de Commerce tourna à gauche en franchissant le pont Chassériau et tout de suite à droite pour déboucher triomphalement au Boulevard Baudin. Je l'attendais avec mon Elgy-Lumière au deuxième étage de l'immeuble de vieilles parentes, juste en face de l'immeuble des Étudiants . Ce jour-la j'étais en pleine forme, ne pouvant manquer ce jour historique.



 En exactement quatre années "il" réussit graduellement à ruiner la situation politique et militaire, et creuser un fossé entre les Français pour arriver à son but: Échanger l'Algérie Française contre du pétrole et du gaz saharien et des bases nucléaires,et se déconnecter de ces algériens qui s'étaient obstinés pendant 130 ans de colonisation... à ne pas vouloir se convertir. De Gaulle ne voulait pas en faire des citoyens à part entière qui auraient envahi la France !.

En Juin 1962, je dus donc comme presque un million de Français d'Algérie, partir pour des "vacances" définitives en métropole. J'avais comme tous bien des regrets, mais un très personnel, original et angoissant : je ne pouvais emporter avec moi le rebord boisé de ma fenêtre qui m'avait si souvent aidé à attendre la délivrance du matin !.
Je dus donc me ressaisir et ne compter que sur ma volonté pour ne plus ressembler à un poisson sorti de l'eau, qui cherche, les yeux exorbités à respirer par ses branchies à sec.
Je débarquais à Paris, au climat continental et vivifiant que même l'hiver si rude  de 1962 n'arriva pas à me terrasser. Cette année terrible pour la majorité fut pour moi une délivrance. Je réussis à surmonter ma maladie et découvris la vie normale de mon âge.
 Adieu les Chameaux de Colomb-Bèchar, à moi les Chamelles de Paris !

Mais ceci est une autre histoire .

Notes :
 1) J'ai passé volontairement sous silence les détails des tortures d'une crise d'asthme. Au moins les pendus meurent après quelques minutes de tressautements. Mais le non moins terrible peut-être l'attitude peu compréhensive d'un enseignant  devant les absences répétées qui transforment la vie scolaire en un supplice semblable au tourniquet espagnol.

 2) Théophylline : Broncho-dilatateur extrait des feuilles de Thé .
                                          Feuilles de The Vert

 3) La Santé. Quel drôle de nom pour cette sinistre prison parisienne !.
 
 4) Route moutonnière. Cette route du littoral était sans doute  un chemin facile pour les troupeaux de moutons vers les marchés et abattoirs. La mer qui roulait  des vagues blanchies d'écume qui s'envolait au vent pourrait etre une origine plus poétique du nom de cette route .

 5) L'asthme est presque guérissable, il ne faut jamais perdre l'espoir d'une amélioration et le malade est généralement son meilleur médecin. Sachez qu'à mon arrivée en Israel, je dus en tant que réserviste faire mes classes dans les désertes collines de Judée, mais jamais les efforts physiques 
ne m'importunèrent, moi qui au Lycée était dispensé de l'heure hebdomadaire d'éducation physique dont le but est justement de développer la capacité pulmonaire !


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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 18:13












                                                  
                                    Ichoua Teboul (1909-2001) "La Campagne Algérienne"




     Le vent, la pluie, les intempéries érodent les montagnes mais ce travail de sape est imperceptible à l'échelle humaine. Ce qui à disparu à tout jamais, ce ne sont pas quelques formes de campagnes d'Algérie maintenant urbanisées, puisque les peintres orientalistes  nous en ont laissé des descriptions et interprétations champêtres superbes d'il y a un siècle et plus, mais quoi des sonorités d'antan qui les accompagnaient ?.
C'est dans l'été d'Algérie où la vie est ralentie que les bruits de la campagne émergent du silence. Bien sûr le pépiement des oiseaux, les vibrations des insectes, le frémissement des feuilles, le pélerin revenant sur les lieux de son enfance les entendra de nouveau en marchant sur un chemin écarté. Il se piquera aux mêmes orties et sucera comme avant le pissenlit acide de son enfance, s'émerveillera des bonds des criquets ou s'arrêtera devant un lézard immobile pour une fraction de seconde,  fera une enjambée pour laisser passer une colonie de chenilles arpenteuses, et veillera à ne pas écraser un petit nid de fourmis qui malgré la chaleur ne s'arrêtent pas de travailler. 
Je crois même qu'il entendra encore se rapprocher, aux sons des grelots  une charrette traînée par un cheval essoufflé. Le martèlement des sabots qui s'éloigne sur la route est si agréable à l'oreille qu'il nous laisse toujours rêveur. Même les cloches qui ont été démontées et rapatriées en France continuent à tinter presque  comme auparavant, quoique dans une qualité de l'air si différente.
Mais il est une vibration qui a disparu à jamais des collines, que personne à ma connaissance n'a enregistré sur  le vif  pour nous en laisser le souvenir musical: le cliquetis des norias dans le sahel algérois. Il n'y avait rien de pareil au promeneur que le concert métallique de ces norias qui se répondaient d'un bout à l'autre du paysage. Déjà de notre temps, des pompes électriques d'entretien facile avaient commencé à remplacer la mécanique pour remonter l'eau des puits. Mais ils restaient encore bien de ces machines à godets qui remplissaient l'air de leur musique saccadée et inachevée. Après le départ des Français, ces Norias délaissées que des engrenages entraînaient se laissèrent mourir de chagrin et la rouille et  les herbes folles les envahirent.
Dans la propriété de mon grand-oncle, à Birkadem c'était depuis toujours le père Yvars qui entretenait le potager. En fin d'après-midi, il ouvrait l'écluse du petit réservoir en maçonnerie que la Noria avait rempli patiemment dans la journée, et à coup de bêche et à tour de rôle,  laissait l'eau fraîche courir dans les rigoles qui allaient baigner la terre rouge, chaude et assoiffée qui s'embuait. Je suivais des yeux cette eau vive qui inondait comme une petite marée les sillons des carrés de légumes qui buvaient d'abord vite cette providence pour en rester rassasiée et trempée toute la nuit. Les bottes crottées d'une grasse terre rouge, il était le maître des eaux dans son jardin plantureux.
La Noria en fait n'est qu'un développement de l'anachronique seau qui était jeté accroché à une corde dans le puits et remonté à la main. Son origine est Andalouse, comme nos instruments de musique folklorique . A une chaîne sans fin étaient accrochés des godets  qui se remplissaient au fonds du puits et se vidaient dans un bassin en se retournant, arrivés à leur apogée. Cette chaîne était mue par une démultiplication d'engrenages à renvoi d'angle qu'un baudet entraînait, un long levier accroché à son bât, dans une marche circulaire. Le moteur électrique remplaçât le baudet mais ne troublait pas le bruit  de l'eau qui s'écoulait des cuillères et leurs cliquetis métalliques. 
Il ne reste donc rien de ce souvenir musical que nous puissions léguer à nos enfants ou mettre à l'abri dans un musée.  Seule résonne encore dans mes oreilles cette musique difficile à transcrire de mémoire qui sera perdue à jamais avec le dernier des témoins que nous fûmes.


Ma Noria est un tombeau rouillé
Depuis que privée de son eau
Elle n'égrène plus ses mots
Elle ne chante plus l'été.
Le bassin s'est vidé,
La terre fendillée.
 Noria est morte
De ne plus
Etre aimée



A moins qu'un jour, puisque des enthousiastes ambitieux ont reconstruit et réussirent à faire voler un historique Blériot, sera  remis  en état dans un coin de Provence, un puits en pierres, et la copie fidèle d'une Noria qui puisera son eau avec des sonorités sauvées de l'oubli .
 Un mémorial qui égrènera au cliquetis des godets comme un chapelet, les noms de ces pionniers qui firent du Sahel un verger .

Remarquez dans ce croquis la roue dentée qui est solidaire de la grande roue à godets . Un cliquet l'empêche de retourner en arrière, entraînée par le poids des pleins godets , à cause d'un arrêt du moteur par exemple, ou du baudet rêveur.
C'est ce cliquet qui se lève et retombe à chaque dent de l'engrenage,qui produit comme un marteau sur le métal ce "Ding-ding-ding" sans fin qui rebondissait dans les collines ..


  Je me souviens parfaitement de ce petit bassin carré en maçonnerie. Ses parois étaient couvertes de mousse et l'eau en prenait la couleur verte.
En plein été il nous servait de piscine, et nous y entrions en claquant des dents, tant l'eau était glacée !                           

N.B: Certes il a été reconstruit à Toulouse une Noria , mais à roue et non pas à chaîne et godets comme celle typiquement du Sahel algérien.


Le site ci-dessous remarquable est un émouvant et seul souvenir des Norias de Birkadem :


http://souvenance2005.free.fr/Norias/


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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 00:00
                                  Paul Cézanne Nature Morte

Écrit à l'
Encre Violette.


Pour  "mettre la table",comme nous le disions familièrement, c'est à dire l'habiller de sa nappe et dresser les couverts, il y avait un cérémonial qui n'incombait . J'allais chercher derrière la porte qui s'ouvrait sur la salle-à-manger, dans un angle, un long bâton sur lequel était enroulé le bulgomme. C'était une espèce de  mince tapis de caoutchouc-mousse indispensable à dérouler sur la table avant de déplier la nappe qui la rendait moelleuse. Ainsi le lisse placage de palissandre était protégé des chocs éventuels, des coups de chaleur des plats, et aussi des gestes désordonnés et impatients et même coléreux de l'enfance . C
hez nous, je pense qu'il en est de même dans chaque famille, il y avait des objets qui tenaient des places immuables, comme si l'appartement avait été construit pour eux .

Pour le dîner, en dehors bien-sur des très rares soirées où nous recevions des invités, le repas  se déroulait autour d'une petite table carrée située dans la pièce où dans le coin, près de la fenêtre,trônait le bureau de papa avec le téléphone . Elle avait l'avantage d'être proche de la cuisine elle même si extrêmement étroite d'ailleurs, que  moi aussi me heurtais à tout. Comme si l'architecte avait dessiné cet appartement et en fin de projet s'étant aperçu qu'il manquait le principal, l'avait coincé dans un coin mort .

Pour cette table de bois teintée au brou de noix, point besoin de bulgomme, une simple nappe en toile cirée à carreaux faisait l'affaire. Il faut dire que mon père arrivant tard le soir, je l'attendais avec impatience en aidant maman à poser les assiettes, et la lourde carafe d'eau. Cette carafe ventrue était en verre épais avec une fine  marque de moulage. Elle faisait partie de ces objets apportés alors par les américains en Algérie qui manqua de tout. Et nous nous en étions habitués.
Le beau service, lui, n'était sorti du buffet que dans les grandes occasions.  Maman coupait le pain avec un couteau dont le manche branlait depuis toujours, mais sa lame en dents de scie tranchait facilement la croûte brunie par la cuisson.
Le petit couteau à beurre avait lui un curieux manche en os et sa lame reposait sur une fente dans le beurrier, à coté du moutardier d'Amora et des double flacons de sel et de poivre à bouchons argentés.  Avec la panetière en métal décoré à la bosse et la coupe de fruits en étain, ils étaient les témoins muets et fidèles de la vie quotidienne , mais pour moi c'étaient des objets vivants qui accompagnèrent toute ma jeunesse . 
A travers l'épaisse porte d'entrée j'entendais monter l'ascenseur et claquer ses câbles  à chaque palier et lorsque il s'arrêtait au cinquième, devançais la sonnette et j'allais vite ouvrir le crochet en laiton  pour être le premier à embrasser mon père fourbu.
Le repas du soir était frugal, mais il m'en reste à ce jour des souvenirs émerveillés. Maman apportait toujours une salade de tomates à la vinaigrette, garnie d'olives vertes, souvent pour accompagner les restes du savoureux gigot du midi, avec des pommes de terre arrosées de la sauce et qui fleuraient si bon.
Mon père était un gros mangeur.
J'étais assis en face de lui. Je le regardais avec des yeux écarquillés. Il savourait ces pommes vapeur très chaudes qui me chatouillaient les narines .
- Georgicot, fini ton assiette s'il te plaît .
- Pas faim, répondais-je à maman en faisant la moue et haussant les épaules candidement pour être plus persuasif .
Et moi je faisais semblant d'être rassasié en regardant le plat se vider de ces pommes si appétissantes qui me tentaient tellement. Je freinais ma gourmandise. J'aurai bien voulu en déguster encore une autre avec une noix de beurre fondant, mais je retenais ma main et je jouissais de ma privation en voyant mon père heureux qui finissait les plats après une longue journée de travail .
Depuis, j'ai gardé cette habitude après avoir été servi, de toujours laisser les plateaux se vider lentement par les autres, qui y reviennent en picotant çà et là, encore une tranche de pachtida* , de pâté de viande où une portion de  gâteau à la cannelle...pour me réjouir de leur satisfaction .

A mon age avancé, reviennent souvent à moi des images maladives qu'heureusement je n'ai pas vécues, comme celles de ces malheureux léchant les poubelles dans le Ghetto de Varsovie .
 
Et je tremble toujours en voyant dans les musées les photos de ces familles souriantes entourées de leurs enfants à l'occasion d'une fête et qui quelques années après furent réduites au rang de déchets humains avant de mourir. Rien n'est acquis dans la vie et tout peut brusquement basculer. Car ce ne sont pas les ennemis des juifs qui  manquent.
J'ai comme tout le monde, souvent une saine sensation de faim.
A l'excès la faim tenaille. Le bébé en pleure de douleur.
Mais pour moi cela tourne au cauchemar de penser qu'un jour ou l'autre ma famille pourrait souffrir de la famine.

  Le Pain tressé du Shabat (Dafina.Net)

Certes, cela semble ridicule, mais l'insécurité économique a déjà fait des ravages.
Suivant l'enseignement du Talmud, il est interdit de jeter le pain:alors, chez nous on peut voir le matin sur le rebord d'une murette, et bien en vue dans la rue, du pain blanc du Shabat  de la veille ou des gâteaux secs, dans leurs sachets transparents, pour un affamé éventuel.Un geste symbolique certes, car en vérité les efficaces associations philanthropiques de "Soupe-Populaire" se sont multipliées ici ces dernières années et la moyenne d'âge des assistés a sinistrement baissé .

Maintenant revient à moi une autre image de mon père .
Je suis couché dans mon lit, dans la chambre peinte en bleu à la brosse et qui a laissé sur les murs de méchants piquants, comme c'était la mode alors. C'était donc que j'étais très jeune. Ce soir, mon père s'est assis sur la chaise de paille, tout près de moi. Pour me souhaiter une bonne nuit. Mais il s'attarde, un peu triste. Et en me caressant la tête évoque sa maman. Jamais je n'avais entendu sa voix trembler. Il ne m'en fallait pas plus pour pleurer en silence, et j'essayais de contenir mes larmes dans la pénombre de la pièce, et même fis semblant de m'endormir en me tournant contre le mur pour faire cesser ce monologue qui me serrait le coeur et l'oublier.

    Ma Grand-Mère maternelle et Georgicot (1938)

Ce n'est qu'après des dizaines d'années en lisant la date de décès de ma Grand-Mère que je  compris  l'explication de cette soirée angoissante avec le récit de mon père pour que je ne l'oublie jamais .


                                            Papa, Studio Gonzalès,(Constantine, 1939)


Un jour qu'il venait pour une courte permission de Tunisie, tout bardé de son épais ceinturon qui lui barrait la poitrine et d'un gros étui à revolver d'ordonnance,  chaussé de bruyants souliers à clous, avec des bandes molletières et des guêtres en cuir, je me revois avec lui devant la loge des concierges . Il alla saluer ces braves gens qui aidaient à leur façon ma mère seule avec ses deux enfants. Le Père Juan, plus d'une fois était venu ramasser à la maison une souris prise dans son piège à ressort . Elles étaient affamées et grignotaient même les bourrelets de coton des fenêtres, mais pire elles colportaient le typhus . Alors en quittant la loge mon père porta machinalement la main à son Képi, et moi en fit de même en portant la mienne à mon béret ! Papa ne manqua pas de me faire remarquer doucement que j'aurai du par politesse enlever ma coiffe, et cette image me reste précise jusqu'à ce jour.


Note :
Pachtitda : en fait un met à préparation rapide et sans prétention ,et à composants "pluriels" pour employer le veau qu'a bu l'air à la mode, mais singulièrement délicieux....
:
Izy Cohen évoque l'origine lointaine de ce mot en Aramaic, (hébreu ancien):P'SHooT = simple;  PaSHTiDa = quiche.


http://www.israel-catalog.com/upload/product/file_11530_2.pdfI


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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 16:22



La Petite Charnière

Hier en me promenant sans but précis pour me dégourdir les jambes, inconsciemment je suis passé sur le trottoir menant au quincaillier de mon quartier. Quelle drole d'idée ! . Je ne savais pas ce qui allait m'arriver .
C'est une habitude  que j'avais contractée à Paris, que de visiter sans me lasser le Bazar de l'Hotel de Ville qui offrait un étage entier de machines, d'outillage, et d'acastillage et visserie pour l'amateur averti. Je rêvais aussi devant ces planches et ces moulures de toutes les tailles en faisant avec, des projets de bibliothèques jamais exécutés. C'était pour moi le Palais du bricoleur, du travail manuel, que je fréquentais comme d'autres vont admirer une exposition au Musée du Jeu de Paumes. Mais l'un n'exclut pas l'autre.

Alors bien que je n'avais besoin de rien, je n'ai pu résister à ma curiosité, plus exactement ma passion, et suis entré dans le petit magasin. Son propriétaire qui indépendemment de son métier est aussi psychologue amateur, me laisse toujours sans sourciller farfouiller sur les étagères et dans les tiroirs pour satisfaire ma manie.
J'ai découvert dans un coin, un bocal de charnières dépareillées.
Des grosses, rébarbatives, en fer noir pour des portes épaisses. Mais dans le fond, toute petite et brillante, une charnière en laiton qui s'y était égarée. Elle était lilliputienne, de la taille d'un ongle. Je pris sur moi le  prétexte qu'elle était orpheline, pour la sauver de la solitude. Le vendeur me la céda pour trois fois rien, heureux de me voir ravi de ma découverte en me souhaitant de Bonnes Fêtes de Rosh Hashanah.


Je l'enfouis dans mon sac, et tout le chemin de retour aidant, imaginais de lui trouver un emploi. A notre époque ce n'est pas si facile ! Je pensais la monter pour actionner un aileron d'une maquette d'avion : sa finesse permettait de l'introduire dans la fente d'une baguette, et ainsi serait invisible, mais il lui manquait une soeur pour la symétrie. Alors me vint l'idée d'en faire un sautoir avec une chaînette de la même couleur, un bijou moderne et original pour ma fille, mais la chaînette devrait être en or jaune, un caprice coûteux par ces temps où je perce chaque mois un nouveau trou à ma ceinture....

Arrivé chez-moi, après cette bonne bouffée d'air qui sentait l'automne prochain. je fouillais mon sac pour en extirper mon petit trésor  qui s'y était noyé, et impatient, décidais de tout renverser sur ma table pour en faciliter la sortie du contenu. Ce fut une mini-avalanche de clefs, de pièces de monnaie, de  tickets périmés d'autobus et carrés de papier où je note mes commissions parce que ma mémoire est rouillée. Les dragées contre les brûlures d'estomac s'éparpillèrent sur le carrelage avec le stylo qui en perdit son capuchon. Mon inhalateur rebondit et disparut sous la table.
Je procédais au rangement dans mon sac de tous ces objets familiers en profitant de l'occasion pour y mettre de l'ordre, (une fois n'est pas coutume !), lorsque je m'aperçus de l'absence du petit étui où sont rangées les cartes magnétiques qui sont ces indispensables et modernes laisser-passer pour vivre.
Ma carte de crédit, mon permis de conduire,ma carte de la Caisse Médicale, ma carte de pensionnaire pour l'autobus, celle de la bibliothèque municipale et celle de donneur d'organes (mais qui voudrait maintenant de ma carcasse ?), ne répondaient pas à l'appel.

Mon sang ne fit qu'un tour et essayais après une forte inspiration pour me calmer, de rétablir dans l'ordre les escales de ma promenade. Et ressortis sur mes pas chargé d'inquiétude. Me pressant, tout en scrutant le trottoir car je craignais le passage d'un balayeur et imaginais mon étui projeté par un coup de balais malencontreux dans une bouche d'égout. Le soleil déjà bas éclairait en ombre rasante tous les miettes sur mon trajet. Je suis revenu chez l'oiseleur où j'étais allé visiter mes amis bruyants et multicolores et même avais offert mon bras tendu à un perroquet funambule qui était venu s'y percher et mordiller ma chemise. Mais je ne pouvais quand même pas l'accuser de vol !. Au magasin d'alimentation j'ai posé avec délicatesse la même question, et même me suis penché sous le comptoir mais en vain. Arrivé chez le quincaillier, je pensais  avoir plus de chance puisque j'y avais ouvert ma bourse. Rien non plus. J'eus une idée de génie en pensant que dans la mesure où j'avais été dérobé* dans la rue, un bandit honnête et qui lit les faits divers aurait jeté le superflu dans un panier municipal comme il en existe sur le trottoir tous les cent mètres: J'en ai fouillé un ou deux,sous les regards suspects des passants, mais transpirant d'émotion dus revenir à la maison me reposer.

Mon épouse fit ce qu'il faut faire d'urgence, c'est à dire avertir la banque pour rendre la carte de crédit invalide. Une de moins ! Et moi, grâce à internet fis part de la perte de mon permis de conduire, et je dus payer pour en recevoir un autre. Pour l'autobus, mes cheveux blancs suffisaient comme laisser-passer. Les autres cartes pouvaient attendre. Mes nuits furent peuplées par des cauchemars où je voyais mon compte en banque de retraité se vider au fur à mesure des emplettes du voleur, ou pire, devenais victime d'un chantage du milieu. Et j'attendais avec angoisse le détail de mon compte bancaire pour me rassurer.

Les jours passèrent, et pour la nième fois vérifiais ce sac à multi-poches et fermetures Éclair en y fouillant de ma main gauche, la plus agile, tous les doublures...Oui, je sentis dans l'une déchirée, comme un objet plat et dur.. C'était mon étui avec toutes ses cartes qui s'y était glissé !. Ma carte de Crédit n'étant plus valable, ce fut presque comme me faire hara-kiri en la coupant en deux pour ne pas donner de mauvaises idées à quelqu'un d'autre qui la trouverait. Quant à mon permis de conduire je l'avais déjà reçu et donc maintenant comme mes timbres, depuis l'ai en double ! Mais ne peux l'échanger ! Ce qui équilibre un peu les pertes...

Et puis pour finir je choisis de transformer cette charnière irresponsable de mon drame en une reliure de cuivre  pour un minuscule livre qui racontera mon aventure . Mais influencé par la  Quichottinie* dont la renommée se propage même au delà des mers, j'ai pensé que ce livre-charnière, serait mieux à l'aise dans la foret au lieu de s'empoussiérer sur un rayon de bibliothèque. Alors campé sur un tapis de feuilles automnales, au centre d'amis attentifs sortis du sous-bois, un chaton, deux lapereaux charmants et trois lutins,un bleu, un vert et un rouge, il raconte son aventure. Mon fidèle crayon à force d'être taillé est devenu un peu court, comme les journées d'Octobre .
Le cerf,lui,  se chargera de répandre ce récit dans la foret de la  blogosphère .





Il parait même que comme dans tout livret digne de ce nom, qu'une préface doit figurer :
Ce-livre charnière est une histoire de Gond (!).
Est aussi petit que mon désarroi est profond,
      Quand je cherche mes lunettes que je porte sur mon nez,    
  Ou bien pire,le nom de mon chien qui jappe à mes pieds.

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Note : "dérobé", au sens ancien du terme signifie que j'aurai été privé de mes habits en peine rue, ce qui ne m'est pas encore arrivé ! La  roberie étant l'endroit où sont rangées les robes .

La Petite Charnière au fond de la foret :
Les figurants faisaient partie du monde de mes enfants.
Le décor est une image d'un Almanach .
Le crayon jaune, signe des temps, n'est plus de Bagnol et Farjon, mais made-in China.


* Le Blog de Quichottine:

La Quichottinie est un pays d'amis ,
Où, qui shot et rit rira bien le dernier,
Car la vulgaris quichotterie
Soignée à la quichottonie
Est une très saine maladie,
En régression chez les habitants
Hélas de plus en plus indifférents,

Depuis que les moulins d'antan
Ne moulent plus le froment,
Et ne battent plus des ailes,
Qui provoquaient le zèle,
Du Chevalier et son Servant
Qui rompaient des lances
Dans une lutte perdue d'avance,
Pour la Justice et la Tolérance.
http://quichottine.over-blog.com/


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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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