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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 18:13












                                                  
                                    Ichoua Teboul (1909-2001) "La Campagne Algérienne"




     Le vent, la pluie, les intempéries érodent les montagnes mais ce travail de sape est imperceptible à l'échelle humaine. Ce qui à disparu à tout jamais, ce ne sont pas quelques formes de campagnes d'Algérie maintenant urbanisées, puisque les peintres orientalistes  nous en ont laissé des descriptions et interprétations champêtres superbes d'il y a un siècle et plus, mais quoi des sonorités d'antan qui les accompagnaient ?.
C'est dans l'été d'Algérie où la vie est ralentie que les bruits de la campagne émergent du silence. Bien sûr le pépiement des oiseaux, les vibrations des insectes, le frémissement des feuilles, le pélerin revenant sur les lieux de son enfance les entendra de nouveau en marchant sur un chemin écarté. Il se piquera aux mêmes orties et sucera comme avant le pissenlit acide de son enfance, s'émerveillera des bonds des criquets ou s'arrêtera devant un lézard immobile pour une fraction de seconde,  fera une enjambée pour laisser passer une colonie de chenilles arpenteuses, et veillera à ne pas écraser un petit nid de fourmis qui malgré la chaleur ne s'arrêtent pas de travailler. 
Je crois même qu'il entendra encore se rapprocher, aux sons des grelots  une charrette traînée par un cheval essoufflé. Le martèlement des sabots qui s'éloigne sur la route est si agréable à l'oreille qu'il nous laisse toujours rêveur. Même les cloches qui ont été démontées et rapatriées en France continuent à tinter presque  comme auparavant, quoique dans une qualité de l'air si différente.
Mais il est une vibration qui a disparu à jamais des collines, que personne à ma connaissance n'a enregistré sur  le vif  pour nous en laisser le souvenir musical: le cliquetis des norias dans le sahel algérois. Il n'y avait rien de pareil au promeneur que le concert métallique de ces norias qui se répondaient d'un bout à l'autre du paysage. Déjà de notre temps, des pompes électriques d'entretien facile avaient commencé à remplacer la mécanique pour remonter l'eau des puits. Mais ils restaient encore bien de ces machines à godets qui remplissaient l'air de leur musique saccadée et inachevée. Après le départ des Français, ces Norias délaissées que des engrenages entraînaient se laissèrent mourir de chagrin et la rouille et  les herbes folles les envahirent.
Dans la propriété de mon grand-oncle, à Birkadem c'était depuis toujours le père Yvars qui entretenait le potager. En fin d'après-midi, il ouvrait l'écluse du petit réservoir en maçonnerie que la Noria avait rempli patiemment dans la journée, et à coup de bêche et à tour de rôle,  laissait l'eau fraîche courir dans les rigoles qui allaient baigner la terre rouge, chaude et assoiffée qui s'embuait. Je suivais des yeux cette eau vive qui inondait comme une petite marée les sillons des carrés de légumes qui buvaient d'abord vite cette providence pour en rester rassasiée et trempée toute la nuit. Les bottes crottées d'une grasse terre rouge, il était le maître des eaux dans son jardin plantureux.
La Noria en fait n'est qu'un développement de l'anachronique seau qui était jeté accroché à une corde dans le puits et remonté à la main. Son origine est Andalouse, comme nos instruments de musique folklorique . A une chaîne sans fin étaient accrochés des godets  qui se remplissaient au fonds du puits et se vidaient dans un bassin en se retournant, arrivés à leur apogée. Cette chaîne était mue par une démultiplication d'engrenages à renvoi d'angle qu'un baudet entraînait, un long levier accroché à son bât, dans une marche circulaire. Le moteur électrique remplaçât le baudet mais ne troublait pas le bruit  de l'eau qui s'écoulait des cuillères et leurs cliquetis métalliques. 
Il ne reste donc rien de ce souvenir musical que nous puissions léguer à nos enfants ou mettre à l'abri dans un musée.  Seule résonne encore dans mes oreilles cette musique difficile à transcrire de mémoire qui sera perdue à jamais avec le dernier des témoins que nous fûmes.


Ma Noria est un tombeau rouillé
Depuis que privée de son eau
Elle n'égrène plus ses mots
Elle ne chante plus l'été.
Le bassin s'est vidé,
La terre fendillée.
 Noria est morte
De ne plus
Etre aimée



A moins qu'un jour, puisque des enthousiastes ambitieux ont reconstruit et réussirent à faire voler un historique Blériot, sera  remis  en état dans un coin de Provence, un puits en pierres, et la copie fidèle d'une Noria qui puisera son eau avec des sonorités sauvées de l'oubli .
 Un mémorial qui égrènera au cliquetis des godets comme un chapelet, les noms de ces pionniers qui firent du Sahel un verger .

Remarquez dans ce croquis la roue dentée qui est solidaire de la grande roue à godets . Un cliquet l'empêche de retourner en arrière, entraînée par le poids des pleins godets , à cause d'un arrêt du moteur par exemple, ou du baudet rêveur.
C'est ce cliquet qui se lève et retombe à chaque dent de l'engrenage,qui produit comme un marteau sur le métal ce "Ding-ding-ding" sans fin qui rebondissait dans les collines ..


  Je me souviens parfaitement de ce petit bassin carré en maçonnerie. Ses parois étaient couvertes de mousse et l'eau en prenait la couleur verte.
En plein été il nous servait de piscine, et nous y entrions en claquant des dents, tant l'eau était glacée !                           

N.B: Certes il a été reconstruit à Toulouse une Noria , mais à roue et non pas à chaîne et godets comme celle typiquement du Sahel algérien.


Le site ci-dessous remarquable est un émouvant et seul souvenir des Norias de Birkadem :


http://souvenance2005.free.fr/Norias/


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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 00:00
                                  Paul Cézanne Nature Morte

Écrit à l'
Encre Violette.


Pour  "mettre la table",comme nous le disions familièrement, c'est à dire l'habiller de sa nappe et dresser les couverts, il y avait un cérémonial qui n'incombait . J'allais chercher derrière la porte qui s'ouvrait sur la salle-à-manger, dans un angle, un long bâton sur lequel était enroulé le bulgomme. C'était une espèce de  mince tapis de caoutchouc-mousse indispensable à dérouler sur la table avant de déplier la nappe qui la rendait moelleuse. Ainsi le lisse placage de palissandre était protégé des chocs éventuels, des coups de chaleur des plats, et aussi des gestes désordonnés et impatients et même coléreux de l'enfance . C
hez nous, je pense qu'il en est de même dans chaque famille, il y avait des objets qui tenaient des places immuables, comme si l'appartement avait été construit pour eux .

Pour le dîner, en dehors bien-sur des très rares soirées où nous recevions des invités, le repas  se déroulait autour d'une petite table carrée située dans la pièce où dans le coin, près de la fenêtre,trônait le bureau de papa avec le téléphone . Elle avait l'avantage d'être proche de la cuisine elle même si extrêmement étroite d'ailleurs, que  moi aussi me heurtais à tout. Comme si l'architecte avait dessiné cet appartement et en fin de projet s'étant aperçu qu'il manquait le principal, l'avait coincé dans un coin mort .

Pour cette table de bois teintée au brou de noix, point besoin de bulgomme, une simple nappe en toile cirée à carreaux faisait l'affaire. Il faut dire que mon père arrivant tard le soir, je l'attendais avec impatience en aidant maman à poser les assiettes, et la lourde carafe d'eau. Cette carafe ventrue était en verre épais avec une fine  marque de moulage. Elle faisait partie de ces objets apportés alors par les américains en Algérie qui manqua de tout. Et nous nous en étions habitués.
Le beau service, lui, n'était sorti du buffet que dans les grandes occasions.  Maman coupait le pain avec un couteau dont le manche branlait depuis toujours, mais sa lame en dents de scie tranchait facilement la croûte brunie par la cuisson.
Le petit couteau à beurre avait lui un curieux manche en os et sa lame reposait sur une fente dans le beurrier, à coté du moutardier d'Amora et des double flacons de sel et de poivre à bouchons argentés.  Avec la panetière en métal décoré à la bosse et la coupe de fruits en étain, ils étaient les témoins muets et fidèles de la vie quotidienne , mais pour moi c'étaient des objets vivants qui accompagnèrent toute ma jeunesse . 
A travers l'épaisse porte d'entrée j'entendais monter l'ascenseur et claquer ses câbles  à chaque palier et lorsque il s'arrêtait au cinquième, devançais la sonnette et j'allais vite ouvrir le crochet en laiton  pour être le premier à embrasser mon père fourbu.
Le repas du soir était frugal, mais il m'en reste à ce jour des souvenirs émerveillés. Maman apportait toujours une salade de tomates à la vinaigrette, garnie d'olives vertes, souvent pour accompagner les restes du savoureux gigot du midi, avec des pommes de terre arrosées de la sauce et qui fleuraient si bon.
Mon père était un gros mangeur.
J'étais assis en face de lui. Je le regardais avec des yeux écarquillés. Il savourait ces pommes vapeur très chaudes qui me chatouillaient les narines .
- Georgicot, fini ton assiette s'il te plaît .
- Pas faim, répondais-je à maman en faisant la moue et haussant les épaules candidement pour être plus persuasif .
Et moi je faisais semblant d'être rassasié en regardant le plat se vider de ces pommes si appétissantes qui me tentaient tellement. Je freinais ma gourmandise. J'aurai bien voulu en déguster encore une autre avec une noix de beurre fondant, mais je retenais ma main et je jouissais de ma privation en voyant mon père heureux qui finissait les plats après une longue journée de travail .
Depuis, j'ai gardé cette habitude après avoir été servi, de toujours laisser les plateaux se vider lentement par les autres, qui y reviennent en picotant çà et là, encore une tranche de pachtida* , de pâté de viande où une portion de  gâteau à la cannelle...pour me réjouir de leur satisfaction .

A mon age avancé, reviennent souvent à moi des images maladives qu'heureusement je n'ai pas vécues, comme celles de ces malheureux léchant les poubelles dans le Ghetto de Varsovie .
 
Et je tremble toujours en voyant dans les musées les photos de ces familles souriantes entourées de leurs enfants à l'occasion d'une fête et qui quelques années après furent réduites au rang de déchets humains avant de mourir. Rien n'est acquis dans la vie et tout peut brusquement basculer. Car ce ne sont pas les ennemis des juifs qui  manquent.
J'ai comme tout le monde, souvent une saine sensation de faim.
A l'excès la faim tenaille. Le bébé en pleure de douleur.
Mais pour moi cela tourne au cauchemar de penser qu'un jour ou l'autre ma famille pourrait souffrir de la famine.

  Le Pain tressé du Shabat (Dafina.Net)

Certes, cela semble ridicule, mais l'insécurité économique a déjà fait des ravages.
Suivant l'enseignement du Talmud, il est interdit de jeter le pain:alors, chez nous on peut voir le matin sur le rebord d'une murette, et bien en vue dans la rue, du pain blanc du Shabat  de la veille ou des gâteaux secs, dans leurs sachets transparents, pour un affamé éventuel.Un geste symbolique certes, car en vérité les efficaces associations philanthropiques de "Soupe-Populaire" se sont multipliées ici ces dernières années et la moyenne d'âge des assistés a sinistrement baissé .

Maintenant revient à moi une autre image de mon père .
Je suis couché dans mon lit, dans la chambre peinte en bleu à la brosse et qui a laissé sur les murs de méchants piquants, comme c'était la mode alors. C'était donc que j'étais très jeune. Ce soir, mon père s'est assis sur la chaise de paille, tout près de moi. Pour me souhaiter une bonne nuit. Mais il s'attarde, un peu triste. Et en me caressant la tête évoque sa maman. Jamais je n'avais entendu sa voix trembler. Il ne m'en fallait pas plus pour pleurer en silence, et j'essayais de contenir mes larmes dans la pénombre de la pièce, et même fis semblant de m'endormir en me tournant contre le mur pour faire cesser ce monologue qui me serrait le coeur et l'oublier.

    Ma Grand-Mère maternelle et Georgicot (1938)

Ce n'est qu'après des dizaines d'années en lisant la date de décès de ma Grand-Mère que je  compris  l'explication de cette soirée angoissante avec le récit de mon père pour que je ne l'oublie jamais .


                                            Papa, Studio Gonzalès,(Constantine, 1939)


Un jour qu'il venait pour une courte permission de Tunisie, tout bardé de son épais ceinturon qui lui barrait la poitrine et d'un gros étui à revolver d'ordonnance,  chaussé de bruyants souliers à clous, avec des bandes molletières et des guêtres en cuir, je me revois avec lui devant la loge des concierges . Il alla saluer ces braves gens qui aidaient à leur façon ma mère seule avec ses deux enfants. Le Père Juan, plus d'une fois était venu ramasser à la maison une souris prise dans son piège à ressort . Elles étaient affamées et grignotaient même les bourrelets de coton des fenêtres, mais pire elles colportaient le typhus . Alors en quittant la loge mon père porta machinalement la main à son Képi, et moi en fit de même en portant la mienne à mon béret ! Papa ne manqua pas de me faire remarquer doucement que j'aurai du par politesse enlever ma coiffe, et cette image me reste précise jusqu'à ce jour.


Note :
Pachtitda : en fait un met à préparation rapide et sans prétention ,et à composants "pluriels" pour employer le veau qu'a bu l'air à la mode, mais singulièrement délicieux....
:
Izy Cohen évoque l'origine lointaine de ce mot en Aramaic, (hébreu ancien):P'SHooT = simple;  PaSHTiDa = quiche.


http://www.israel-catalog.com/upload/product/file_11530_2.pdfI


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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 17:42



                                   Anna Ticho, le Vieil Olivier (1935)



 Que reste-t-il


  D'Alger de ma jeunesse ?

   Une coupe sans fruits

    Des photos jaunies
     
     Un ciel, sans chérubins

      Un pain, sans levain

       Un jour, sans lendemain

        Un abricot, sans noyau

         Un vin aigri

          Une fouta rêche

           Une sandale qui blesse

            Une treille desséchée

             Un sarment mutilé

             Un chien sans collier
            
              Mon ciné censuré

                  Un fruit amer

                   Une orange sans pulpe

                    Un lait tourné

                     Une huile rance

                      Une gargoulette fendillée

                       Un mur décrépi

                        Un jardin sans fleurs

                         Une fontaine sans filet

                      Un olivier décharné

                           Un Monument aveuglé

                            Un Cimetière souillé

                             Un portail cadenassé

                              Une Synagogue muette

                               Un panorama, barré

                                Des  bruits, silencieux

                                 Les parfums évaporés

                                  Les espoirs envolés

                                   Ma rue, inconnue

                                 L'appartement, bien vacant

                                     L'École sans français

                                      La récré sans Caussé

                                       Un drame étouffé

                                        Un décor sans acteurs

                                         La France sans pitié
                                                                         
                                          Je suis chez-moi,


                                            Un étranger .



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Published by Georges Levy - dans poésies
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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 16:22



La Petite Charnière

Hier en me promenant sans but précis pour me dégourdir les jambes, inconsciemment je suis passé sur le trottoir menant au quincaillier de mon quartier. Quelle drole d'idée ! . Je ne savais pas ce qui allait m'arriver .
C'est une habitude  que j'avais contractée à Paris, que de visiter sans me lasser le Bazar de l'Hotel de Ville qui offrait un étage entier de machines, d'outillage, et d'acastillage et visserie pour l'amateur averti. Je rêvais aussi devant ces planches et ces moulures de toutes les tailles en faisant avec, des projets de bibliothèques jamais exécutés. C'était pour moi le Palais du bricoleur, du travail manuel, que je fréquentais comme d'autres vont admirer une exposition au Musée du Jeu de Paumes. Mais l'un n'exclut pas l'autre.

Alors bien que je n'avais besoin de rien, je n'ai pu résister à ma curiosité, plus exactement ma passion, et suis entré dans le petit magasin. Son propriétaire qui indépendemment de son métier est aussi psychologue amateur, me laisse toujours sans sourciller farfouiller sur les étagères et dans les tiroirs pour satisfaire ma manie.
J'ai découvert dans un coin, un bocal de charnières dépareillées.
Des grosses, rébarbatives, en fer noir pour des portes épaisses. Mais dans le fond, toute petite et brillante, une charnière en laiton qui s'y était égarée. Elle était lilliputienne, de la taille d'un ongle. Je pris sur moi le  prétexte qu'elle était orpheline, pour la sauver de la solitude. Le vendeur me la céda pour trois fois rien, heureux de me voir ravi de ma découverte en me souhaitant de Bonnes Fêtes de Rosh Hashanah.


Je l'enfouis dans mon sac, et tout le chemin de retour aidant, imaginais de lui trouver un emploi. A notre époque ce n'est pas si facile ! Je pensais la monter pour actionner un aileron d'une maquette d'avion : sa finesse permettait de l'introduire dans la fente d'une baguette, et ainsi serait invisible, mais il lui manquait une soeur pour la symétrie. Alors me vint l'idée d'en faire un sautoir avec une chaînette de la même couleur, un bijou moderne et original pour ma fille, mais la chaînette devrait être en or jaune, un caprice coûteux par ces temps où je perce chaque mois un nouveau trou à ma ceinture....

Arrivé chez-moi, après cette bonne bouffée d'air qui sentait l'automne prochain. je fouillais mon sac pour en extirper mon petit trésor  qui s'y était noyé, et impatient, décidais de tout renverser sur ma table pour en faciliter la sortie du contenu. Ce fut une mini-avalanche de clefs, de pièces de monnaie, de  tickets périmés d'autobus et carrés de papier où je note mes commissions parce que ma mémoire est rouillée. Les dragées contre les brûlures d'estomac s'éparpillèrent sur le carrelage avec le stylo qui en perdit son capuchon. Mon inhalateur rebondit et disparut sous la table.
Je procédais au rangement dans mon sac de tous ces objets familiers en profitant de l'occasion pour y mettre de l'ordre, (une fois n'est pas coutume !), lorsque je m'aperçus de l'absence du petit étui où sont rangées les cartes magnétiques qui sont ces indispensables et modernes laisser-passer pour vivre.
Ma carte de crédit, mon permis de conduire,ma carte de la Caisse Médicale, ma carte de pensionnaire pour l'autobus, celle de la bibliothèque municipale et celle de donneur d'organes (mais qui voudrait maintenant de ma carcasse ?), ne répondaient pas à l'appel.

Mon sang ne fit qu'un tour et essayais après une forte inspiration pour me calmer, de rétablir dans l'ordre les escales de ma promenade. Et ressortis sur mes pas chargé d'inquiétude. Me pressant, tout en scrutant le trottoir car je craignais le passage d'un balayeur et imaginais mon étui projeté par un coup de balais malencontreux dans une bouche d'égout. Le soleil déjà bas éclairait en ombre rasante tous les miettes sur mon trajet. Je suis revenu chez l'oiseleur où j'étais allé visiter mes amis bruyants et multicolores et même avais offert mon bras tendu à un perroquet funambule qui était venu s'y percher et mordiller ma chemise. Mais je ne pouvais quand même pas l'accuser de vol !. Au magasin d'alimentation j'ai posé avec délicatesse la même question, et même me suis penché sous le comptoir mais en vain. Arrivé chez le quincaillier, je pensais  avoir plus de chance puisque j'y avais ouvert ma bourse. Rien non plus. J'eus une idée de génie en pensant que dans la mesure où j'avais été dérobé* dans la rue, un bandit honnête et qui lit les faits divers aurait jeté le superflu dans un panier municipal comme il en existe sur le trottoir tous les cent mètres: J'en ai fouillé un ou deux,sous les regards suspects des passants, mais transpirant d'émotion dus revenir à la maison me reposer.

Mon épouse fit ce qu'il faut faire d'urgence, c'est à dire avertir la banque pour rendre la carte de crédit invalide. Une de moins ! Et moi, grâce à internet fis part de la perte de mon permis de conduire, et je dus payer pour en recevoir un autre. Pour l'autobus, mes cheveux blancs suffisaient comme laisser-passer. Les autres cartes pouvaient attendre. Mes nuits furent peuplées par des cauchemars où je voyais mon compte en banque de retraité se vider au fur à mesure des emplettes du voleur, ou pire, devenais victime d'un chantage du milieu. Et j'attendais avec angoisse le détail de mon compte bancaire pour me rassurer.

Les jours passèrent, et pour la nième fois vérifiais ce sac à multi-poches et fermetures Éclair en y fouillant de ma main gauche, la plus agile, tous les doublures...Oui, je sentis dans l'une déchirée, comme un objet plat et dur.. C'était mon étui avec toutes ses cartes qui s'y était glissé !. Ma carte de Crédit n'étant plus valable, ce fut presque comme me faire hara-kiri en la coupant en deux pour ne pas donner de mauvaises idées à quelqu'un d'autre qui la trouverait. Quant à mon permis de conduire je l'avais déjà reçu et donc maintenant comme mes timbres, depuis l'ai en double ! Mais ne peux l'échanger ! Ce qui équilibre un peu les pertes...

Et puis pour finir je choisis de transformer cette charnière irresponsable de mon drame en une reliure de cuivre  pour un minuscule livre qui racontera mon aventure . Mais influencé par la  Quichottinie* dont la renommée se propage même au delà des mers, j'ai pensé que ce livre-charnière, serait mieux à l'aise dans la foret au lieu de s'empoussiérer sur un rayon de bibliothèque. Alors campé sur un tapis de feuilles automnales, au centre d'amis attentifs sortis du sous-bois, un chaton, deux lapereaux charmants et trois lutins,un bleu, un vert et un rouge, il raconte son aventure. Mon fidèle crayon à force d'être taillé est devenu un peu court, comme les journées d'Octobre .
Le cerf,lui,  se chargera de répandre ce récit dans la foret de la  blogosphère .





Il parait même que comme dans tout livret digne de ce nom, qu'une préface doit figurer :
Ce-livre charnière est une histoire de Gond (!).
Est aussi petit que mon désarroi est profond,
      Quand je cherche mes lunettes que je porte sur mon nez,    
  Ou bien pire,le nom de mon chien qui jappe à mes pieds.

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Note : "dérobé", au sens ancien du terme signifie que j'aurai été privé de mes habits en peine rue, ce qui ne m'est pas encore arrivé ! La  roberie étant l'endroit où sont rangées les robes .

La Petite Charnière au fond de la foret :
Les figurants faisaient partie du monde de mes enfants.
Le décor est une image d'un Almanach .
Le crayon jaune, signe des temps, n'est plus de Bagnol et Farjon, mais made-in China.


* Le Blog de Quichottine:

La Quichottinie est un pays d'amis ,
Où, qui shot et rit rira bien le dernier,
Car la vulgaris quichotterie
Soignée à la quichottonie
Est une très saine maladie,
En régression chez les habitants
Hélas de plus en plus indifférents,

Depuis que les moulins d'antan
Ne moulent plus le froment,
Et ne battent plus des ailes,
Qui provoquaient le zèle,
Du Chevalier et son Servant
Qui rompaient des lances
Dans une lutte perdue d'avance,
Pour la Justice et la Tolérance.
http://quichottine.over-blog.com/


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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 16:35


  Le Passé de l'Indicatif.


Un jour, un vraiment beau jour, peut-être était-il celui de mon anniversaire ou à l'occasion de Hanouka qui précédait de quelque peu Noël, je reçus un trésor .
C'était un coffret carré, de couleur verte, dont le couvercle s'ouvrait grâce à une fine charnière de laiton sur un pupitre miraculeux : mes chers parents venaient de m'offrir un poste à galène, comme celui que je lorgnais dans la vitrine du magasin de radio de la rue Clauzel. Désormais il prit la place de l'ourson dépenaillé qui alla rejoindre mes anciennes amours dans le tiroir sous mon lit.
Je lus soigneusement la notice collée au fond du couvercle. Il était absolument nécessaire de relier cette radio à une antenne et aussi à la terre. Dans le coin de ma chambre, une tringle en métal supportait un voile de tissu qui protégeait le mur du coté où je dormais fit l'office d'antenne . Pour la prise de terre, je dus la relier avec un long fil conducteur en le tortillant sur le robinet de la salle de bains. De même que nous sommes debout les pieds bien posés sur le sol et la tête au soleil, la radio  reçoit du ciel les rayons électromagnétiques et a besoin d'être reliée à la terre pour refermer le circuit.
Mais dans ce mode d'emploi détaillé, il manquait le mot "patience". Car le coeur de ce poste était un vrai cristal de Galène, qui jouait le rôle de détecteur !

                   Un cristal de Galène


 Un ressort ténu appliquait une fine pointe sur la petite pierre grise et anguleuse et il fallait chercher avec la patience infinie d'un acupuncteur le point de contact sensible. Et surtout après, veiller à ne pas heurter la boite pour n'avoir pas à tout recommencer ! Alors je l'avais installé royalement sur une chaise près de mon lit. Car c'est surtout la nuit venue que la réception était meilleure.
Ce poste sans pile et sans reproche désormais escorta mes nuits. Le casque sur les oreilles, à demi-adossé à deux oreillers pour mieux respirer, j'écoutais Radio-Alger qui avait de la peine à se frayer un chemin à travers les sifflements de mes bronches. En plus, ce poste ténu avait une faible sélectivité et ainsi écoutais mêlées ensemble les émissions policières de l'Inspecteur Pluvier sur un fond de musique arabe qui ajoutait au réalisme de Marcus Bloch dans le role principal avec son inimitable "tiens,tiens,tiens" lorsqu'il faisait son enquête...Et je suivais passionnément cette heure de suspense où chaque fois revenaient les bruitages de pas mystérieux sur le gravier et le démarrage de l'auto des gangsters qui filait en trombe en changeant ses vitesses dans un bruit d'engrenages mal synchronisés!.
C'était le miracle de la radio qui me transportait dans le monde merveilleux du rêve éveillé .

Comme le fil qui courrait de ma chambre à la salle de bains au ras des carrelages était un piège dangereux pour la maisonnée, je crus, fort de mes lectures, trouver un autre moyen. J'avais lu que l'électricité arrivait à la prise du mur avec deux fils, dont l'un était réellement le neutre mais relié à la terre à la Centrale électrique . C'était l'époque où l'Algérie était encore munie du 110v alternatif avec deux broche, sans prise de terre dans tous les appartements ..
Je fis donc ce que jamais je n'aurai du le faire, introduisis le fil dénudé au hasard dans un trou de la prise et reçus une formidable paire de claque et sous ma secousse le fil se détacha par bonheur....( ce qui me permet de rapporter cette aventure !).

Mais quelle plaisir d'être indépendant et ne plus avoir à me pencher sur la T.S.F* de la chambre de mes parents .
Je pouvais désormais dans mon lit entendre clairement l'Indicatif de Radio-Alger que j'avais cru jusqu'à ces dernières années, être l'oeuvre originale de Jacques Ibert. Cette mélopée me fascinait, elle semblait monter d'un monde merveilleux, du fond du mystérieux Sahara .
C'est en souvenir de ces nuits difficiles ,mais heureuses pourtant que je décidais de reconstruire mes souvenirs en cherchant dans les magasins de mon quartier une Galène, cette pierre laide mais précieuse qui était le coeur du montage.
Tous les vendeurs sans exceptions se mirent à rire de ma demande saugrenue, et poliment me répondirent, comme si je ne le savais pas,"que nous étions à l'époque de la nanoéletronique et que depuis des dizaines d'années le poste à galène n'avait plus ni de jeunes ni de vieux clients".
J'ai essayé de leur expliquer que c'était pour un but éducatif, pour recréer de ses propres mains les premiers pas de la radio, mais j'ai du abandonner ce combat pour ne pas me ridiculiser davantage .

Donc faute d'acquérir ce cristal opaque, je dus faire un bond d'un demi-siècle et me servir comme détecteur, d'une diode moderne minuscule encapsulée dans du verre qui m'éviterait  les recherches tâtonnantes et hasardeuses, mais plus poétiques
, des émissions de Kol-Israel qui émettent de Jérusalem. Dans les nombreux schémas de montage sont employées des bobines artisanales. Alors moi aussi j'ai pris un tube en carton qui fut dans sa prospérité un rouleau de  papier toilette, et entrepris d'y enrouler des dizaines de spires de fil fin isolé ou émaillé suivant le principe ci-dessous .





Alors voici le dessin de de l'installation avec tous ses composants :





Les écouteurs collectent le message suivant à Alger,en 1943 :
"Ici Radio-France !
Les Français parlent aux Français" ..
(Mais ce fut provisoire, comme le Gouvernement !)

 
Mais je fus déçu par le peu de sensibilité, étant en ville trop loin des émetteurs. Je me servis alors d'un noyau en ferrite  bobiné de fil de Litz* enfin trouvé sur les rayons poussiéreux d'un magasin de jouets qui donna évidement de meilleurs résultats que la bobine à air. (La peinture à l'huile, c'est  plus difficile mais bien plus beau que la peinture à l'eau !).
Après bien des difficultés pour tendre l'antenne dans l'appartement sans décapiter les occupants. j'ai réussi à écouter justement la chaîne qui diffuse en permanence de la musique classique de la Capitale. Bien sur, la réception un peu faible exige un silence total dans la maison, mais la musicalité est remarquable. Était, car je dus me plier aux exigences de la maisonnée à l'heure du digital et ranger ma filasse .
Car comme le dit le proverbe, "Nul n'est prophète dans son pays" .
Mais je me félicite quand même, d'avoir réussi à faire revivre un tangible souvenir de jeunesse...
Modestie, un café s'il vous plaît !

Mais ne partez pas encore ! Que cache ce titre " Le Passé de l'Indicatif " ?

Suite au Blog http://georges2.over-blog.com/
article-7135138.html

Je prétendais que l'Indicatif musical de Radio-Alger était extrait de l'oeuvre de Jacques Ibert : "Escale à Nefta" .

Avec Jean-Paul Fernon , le 12 Février 2006, j'eu un échange de messages qui m'éclairèrent sur sur l'origine de cet indicatif :


" Nous sommes d'accord sur le fait qu'Ibert s'est servi de Marouf pour écrire son Tunis-Nefta dans Escales, mais ce qui est indéniable, c'est que l'indicatif de Radio Alger est bien Marouf est non Escales et là-dessus je suis catégorique. D'ailleurs n'avez-vous pas remarqué dans l'excellente émission dont vous m'avez donné le lien que Rabaud a composé Marouf avec Lucien Nepoty natif de Blida (donc Algérien) ? Que viendrait faire pour un indicatif de Radio Alger une musique de Jacques Ibert dont l'escale Tunis-Nefta se situe en Tunisie ?
Au plaisir (passionnant) de vous lire "
JP Fernon

Et aussi" :

"Désolé de vous contredire : l'indicatif de Radio Alger n'est pas tiré d'Escales de Jacques Ibert, mais de l'opéra d'Henri Rabaud (1914) : "Marouf, savetier du Caire". Vous pourrez l'entendre, exactement comme nous l'entendions avant 1958, au III° acte entre la scène 2 et 3 : c'est cet air qui ouvre les Danses de "Marouf".
Bien cordialement.
JP Fernon

 


Et Rémy Laven dans ses remarquables explications musicales a rendu un verdict professionnel,  dans le site d'Alger-Roi de Bernard Venis; en Janvier 2008 :
http://alger-roi.fr/sommaire/documents/pages/2_double_indicatif_radio_alger_laven.htm
Je le cite :
"Il ne me fallut guère de temps pour dénicher un extrait de "Escales - Tunis-Nefta" et pousser un cri de Sioux sur le sentier de la guerre puisque j'entendais enfin la seconde partie de l'indicatif de Radio Alger."

 
Grâce à Rémy Laven, le passé de l'Indicatif de Radio-Algérie a retrouvé sa source; et nous, le repos de la vérité historique !.


T.S.F.
Pour les très jeunes, initiales de Télégraphie Sans Fil...
Fil de Litz :
Composé de multi brins très fin qui favorisent (effet de peau) la collecte du signal .

Et vous lirez avec intérêt, comment fonctionna un poste à galène pendant l'occupation :

6juin.omaha.free.fr/.../16-poste%20galene.htm


Ici Alger, bonsoir chers auditeurs, nous vous souhaitons  une bonne nuit et vous donnons rendez-vous demain matin sur 306 mètres de longueur d'onde .

                                             

Musique La Marseillaise (MP3)



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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 16:23
                                 Rue des Tanneurs

De ma rue Sadi-Carnot, j'étais à deux pas du Carrefour de l'Agha pour monter la rue Charras, passer devant mon cinéma préféré du Jeudi, le Vox, ( Aie, on y joue Le "Lagon Bleu" et ne peux y aller !) et déjà j'empruntais la plate  rue Michelet d'où je voyais poindre la Grande-Poste aveuglante de la blancheur de ses stucs.
En continuant tout droit devant moi, je saluais la statue du Maréchal Bugeaud, qui veilla si mal sur le Milk-Bar*, et dépassais les Galeries de France dont les grandes portes vitrées m'invitaient au rayon des jouets. Mais je résistais à cet appel des Sirènes pour me concentrer sur mon chemin. Et voila sur ma gauche le début de la Rue des Tanneurs qui se tordait sur ses pavés comme moi sur le banc de l'école attendant de vider mon eau à la recréation !

Les Tanneurs depuis des lustres avaient disparu, mais par contre c'est là-bas que m'attendait un Professeur d'hébreu.
Il avait été recommandé à mes parents pour sa bienveillance . Il avait pour tache de me préparer à l'examen de ma Bar-Mitzwa*, et il ne s'avéra pas trop tôt po
ur commencer ! Cette année précise j'avais déjà fort à faire avec les versions latines, l'Anglais de la perfide Albion et aussi l'Allemand enseigné en lettres gothiques, et voilà que je devais maintenant apprendre un alphabet absolument inconnu.
Je ne pouvais pas m'égarer, car de loin une odeur de Barbouche*et de sauces montaient du petit restaurant qu'il tenait pour vivre, en plus de sa fonction rabbinique à la Synagogue.
Je descendais  trois marches pour pénétrer dans la salle et mon Maitre abandonnant un instant son fourneau, m'invitait à m'installer devant une table couverte d'une toile cirée à petit carreaux verts, et là j'ouvrais mon cahier d'écriture pour dessiner, (plus qu'écrire) des lettres noires qui dansaient en désordre devant mes yeux .
Je devais pour réussir mon examen pouvoir lire la Paracha* de la semaine,une des cinquante-deux qui divisait le Talmud de Babylone*,et ce devant la foule des fidèles un Shabat. Mes progrès étaient lents, mais un jour, mon Professeur dont la patience avait sans doute des limites, soudainement me déclara reçu .

Je voulus courir annoncer cette bonne nouvelle à mes parents, mais mon bon Maître ne me laissa pas me lever.






 
Il alla au fond de la salle ouvrir un cagibi, et revint tenant par les pattes un poulet affolé dont l'oeil rouge ne laissait prévoir rien de bon. Nous étions proche de Kippour* et le Rabbin voulut procéder à la cérémonie de la Kappara* en ma faveur ! Il coinça  le poulet entre ses genoux, lui plia le cou en arrière, en ôta quelques duvets, et armé d'un outil qui aurait pu trancher une feuille de papier dans son épaisseur murmura une prière. La volaille dans un sursaut se libérâ de l'étreinte et s'enfuit en zig-zagant. Le sacrificateur tout surpris se leva et courut lourdement dans la salle pour la recouvrir d'un seau, les franges de son tallit* flottant au vent  .
Âmes sensibles, je vous ai menti, le tranchant avait bien fait son affaire et moi paralysé je ne savais que pleurer ou rire devant cette scène
imprévisible et ma Kippa* en tomba .

Et c'est depuis cette époque je suis devenu végétarien .

Notes:

Milk-Bar :
Nous y dégustions de délicieux  Créponés, jusqu'au jour où une charge déposée par une poseuse de bombes qui s'esquiva, éclata et fit de nombreuses victimes et mutila notre jeunesse. Nicole Guiraud y perdit un bras à l'age de 9 ans .

Bar-Mitzwa :
Majorité religieuse à 13 ans .

Barbouche:
Plat à base de couscous, spécialité de la cuisine juive algérienne .

Paracha, Talmud .

Conformément au Talmud de Baylone est lue chaque semaine une des 52 sections de la Torah .

Tallit :
Chale de prière dont les franges rappellent les Commandements.

Kippour :
See full size image
 C'est le jour de Jeune et d'expiation des erreurs de l'année où chacun demande pardon aux offensés pour la réconciliation. En 1973, ce jour  de Kippour les armées arabes attaquèrent ensemble Israel en prière au Nord et au Sud. Pour la première fois l'existence même de l'Etat fut mise en question pendant de terribles journées . Au prix de grands sacrifices , les soldats d'active et de réserve réussirent à stopper l'invasion et à renverser le cours de la guerre.
Le nombre de tanks face à face sur un même champ de bataille dépassa celui de la 2ème guerre mondiale .
 
Kappara :
Rite désuet pour protéger les enfants :
"Ce poulet est ta Kappara, ce poulet ira à la mort et toi tu resteras en vie"
.

Chorat :
Sacrificateur diplômé sans lequel toute viande abattue n'est pas cachère .

Kippa :
Le Talmud nous apprend que le port de la kippa (calotte) a pour but de nous rappeler que Dieu est l'Autorité suprême "au-dessus de nous" .

Appendice

Il m'est impossible de terminer ce récit sans rappeler ce qui est arrivé à ce texte .
Je l'avais écrit le Jour de Kippour . Un jour terrible aux interdictions nombreuses où il n'y a en Israel évidement ni Transport, ni Tv, ni Quotidien mais aussi  aucune Radio (qui diffusent un son continu pour marquer la présence de la station en veille, prête à l'émission en cas  d'urgence).
Donc, mécréant* et pour chasser l'ennui, je m'étais attablé à l'ordinateur et avais commencé à écrire mes souvenirs de la Rue des Tanneurs. Et je la peaufinais après l'avoir écrit d'un jet, et surtout en corrigeais les fautes d'orthographes. Soudain, mon écran s'effaça, sans que je me souvienne d'avoir fait une fausse manoeuvre. Et il n'y avait  pas eu de panne de secteur. (En plus j'ai une batterie tampon en ce cas). Je me suis précipité fébrilement sur la corbeille électronique où sont conservées automatiquement les copies. Rien. Nada. Nietchevo .Tout mon travail s'était envolé. Ma stupéfaction et ma colère se transformèrent
bientôt en crainte : n'avais-je pas été puni pour avoir profaner la sainteté de ce Jour et ainsi  été désigné du doigt par une Main Éternelle ?
J'avoue que je remis au lendemain de Kippour pour plus de sûreté  le soin de réécrire mon billet envolé !

Encore heureux que je ne reçus pas de mon bon Maître la punition de le recopier dix fois !
* Ce jour toute activité non religieuse est interdite, comme allumer l'électricité. Dans les synagogues et chez les fidèles les lustres restent allumés de la veille ...

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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 00:00

L'Anse du Panier

http://images.shopoon.fr/products/200x200/CONRAN_2041908.jpg


Une de mes grandes joies d'enfant était d'accompagner au marché Clauzel, Maman, enchantée d'avoir de la compagnie. Une main serrant la sienne, l'autre l'anse du panier vide en raphia, dont le ventre frottait le trottoir, comme celui d'un basset. Je me sentais plein d'importance, oubliant que pendant ce temps là, mes petits camarades, eux, étaient en classe. Une fois n'est pas coutume ! La vraie leçon de chose, c'était celle de la rue .

J'allais en sautillant, pour rattraper ses pas rapides, dans l'air clair du matin. Je connaissais par cœur toutes les escales, mais c'était pour moi une joie toujours renouvelée.

 

Le Marbrier

En sortant du 20 de la rue Sadi-Carnot, nous tournions à gauche, ce qui me soulageait (la droite étant le trajet de l'école !), en jetant un coup d'œil à la marbrerie qui touchait notre immeuble.

La figure ruisselante de sueur, en tricot, ses gros bras musclés rougis par les efforts, les mains poudrées de poussière blanche, notre voisin ciselait, à coups de maillet sur son burin, des lettres biseautées pleines de sanglots, et les éclats de marbre volaient dans le soleil, et rebondissaient sur le trottoir.

Mais, accablé de travail, puisque on n'en finissait pas de mourir, il laissait à sa femme, la Marbrière, le soin de gérer l'affaire.

Toujours échauffée, la voix haute et le verbe cru, elle faisait vibrer les vitres de ma fenêtre sur cour, lorsqu'elle étendait son linge, sur la terrasse de son vieil immeuble qui jouxtait le nôtre.

Elle se faisait aider par une jeune mauresque, une de celles qui partageaient en Algérie les joies et les douleurs de la famille. Les pieds nus sur les tomettes mouillées, elle étendait la lessive qui se balançait au vent d'une journée radieuse.

Mais la maligne s'agitait de tout son corps, plus qu'il n'en fallait, en me regardant accoudé à ma fenêtre.

Un jour que je sentais une étrange chaleur monter en moi, sortant soudain de la buanderie, sa patronne, devinant le manège, la chassa de la terrasse, et l'envoya s'occuper de la lessiveuse, pas moins brûlante que moi !

 

Le Cardeur, et le mauvais quart-d'heure..


Chaque année, la Marbrière invitait un cardeur à rajeunir ses matelas.

Éventrées sans pitié, les bourres de coton passaient un mauvais quart d'heure entre les griffes d'acier du peigne qui démêlait et aérait les fibres.

Poussant le balancier de la machine de toutes ses forces, le cardeur poussait un "han!" à chaque volée pour ne pas perdre son élan, en dandinant son corps en cadence. La poussière volait au vent, dans le soleil, un peu comme le blé battu. Et je regardais sans me lasser le manège du vieil homme, qui, sa taille ceinturée d'un épais foulard rouge, hochait la tête à chaque va-et-vient.

Je me souviens de la fois où, sortant soudain toute en cheveux, son fichu de travers, la Marbrière dans tous ses états s'écria d'une voix de stentor : "où est-il passé, ce camion de merde?"

Je connaissais le véhicule du vinassier, celui du livreur de glace, ou encore du déménageur, et ce n'est qu'après une lente déduction que je saisis que ce camion tardait à livrer une autre matière, dure et louable comme du marbre...

 

Le Cordonnier


Quelquefois, en remontant la rue Drouet-D'Erlon, ma mère s'arrêtait devant l'échoppe du cordonnier Lévy.

Assis dans son univers microscopique, il sentait le cuir, le vin et la colle. Bloquant entre ses genoux sa brillante petite enclume, ses lèvres épaisses serrant les fine pointes, il clouait, à petits coups rapides de son marteau à boule, les talons de toute la famille.

Dans les cas plus sérieux, après un bref coup d'œil aux feuilles pendues au mur, il choisissait un cuir d'épaisseur adéquat, et, saisissant fortement l'alêne d'une main, serrant le cuir neuf sur son ventre, il coupait à la mesure une nouvelle semelle, et après avoir bien imprégné de poix noire le fil de lin, perçait et tirait le mince câble, tout le long de la galoche récalcitrante. La figure écarlate, la sueur coulant sur son cou, les poils gris bouffants de son tablier de travail, le mégot de cigarette collé au coin des lèvres, il finissait son œuvre d'art en enduisant de cire chaude le pourtour de la chaussure, rajeunie de dix ans.

Puis, se penchant sur le côté, il roulait d'un geste magnifique la paire de souliers dans du papier journal, et détachant enfin son éternel mégot, et gardant le paquet ferme sur ses genoux, annonçait de sa voix éraillée : "c'est cinq francs, madame!"

Ma mère ne se souvenait pas d'avoir vu l'artisan travailler avec des fils d'argent ou des cuirs de Russie… Il y avait bien un autre cordonnier dans le quartier, mais le nôtre "était des nôtres" et cela pardonnait tout.

 

Francine, la Bouchère



Après quelque pas, en remontant la rue étroite, on était souvent obligé de descendre du trottoir, pour ne pas marcher dans la sciure, teintée de gouttes de sang frais, qui coulaient, par exemple, d'un sanglier éventré, pendu la tête en bas, les pattes postérieures écartelées, enferrées aux crocs de la barre scellée entre les piliers d'entrée.

Le groin noir, les courtes défenses blanches jaillissantes des babines entrouvertes, les oreilles velues et les yeux glauques ne m'effrayaient pas plus que me désespérait le spectacle des ortolans, enfilés à la gorge, côte à côte comme des frères fusillés à la fosse commune, ou de l'étalage des lapereaux aux ventres blancs, et des lièvres gris perle, les pattes croisées dans une ultime prière.

La grande Francine, à la figure hommasse, le tablier de travail noué jusqu'au menton, ses grandes jambes plantées dans la sciure, aiguisait à grandes brassées ses couteaux de dépeçage.

Des fourrures percées de plomb, des boules de plumes aux becs entrouverts, des petites pattes suppliantes, c'est ce qu'il restait des galopades, des cabrioles dans les fourrés, des poursuites à tire d'ailes, après l'ouverture de la chasse.

Liberté, combien de crimes commet-on en ton nom !

 

Santamaria, le Marchand de Vins Divins



Il m’arrivait, avec ma mère, de descendre les trois marches des Caves-du-Château. Son jeune fils (le chatelain, qui avait les oreilles un peu décollées comme moi ! ) me dictait souvent les Devoirs de Maison quand j'avais manqué le chemin de l'école, ainsi j'avais la conscience tranquille, mais cela ne veut pas obligatoirement dire que je les faisais..)

J'avais de la chance lorsque c'était un jour de livraison pour Monsieur Santamaria.

Le chauffeur et ses aides tiraient de dessous la ridelle du camion, deux grandes poutres de bois bardées de fer, pour en accrocher les tenons à l'arrière et ainsi construisaient une pente assez douce pour y rouler les futailles.

Un aide haut perché sur le plancher du véhicule roulait le tonneau jusqu'au bord du plateau, et lorsque les deux hectolitres de vin entamaient leur descente, les débardeurs arc-boutés, le dos à la rue, les bras tendus en avant, les mains à plat sur le ventre de bois, reculaient d'abord lentement, puis de plus en plus vite jusqu’à ce que la lourde charge atteigne les pavés, et vienne en rebondissant se coincer sur le trottoir. Du vrai travail d'homme.

Le vin ordinaire était tiré au litre, mais nous n'achetions que du vin cacheté, du Mascara, du Médéa, des vins opulents qui traversaient les mers.

Mais moi, je préférais le Targui, non pour son parfum ou la force de son vin, mais pour la vignette qui décorait la bouteille de verre sombre. Tout au long du repas, je rêvais devant le flacon droit sur la nappe, blanche comme le désert, en regardant le touareg voilé de bleu, son bouclier de peau jaune barré de la lance de bois, les jambes repliées sur le cou du dromadaire décoré de laines teintées.

Et cette vision saharienne me faisait oublier le lointain rapport entre le quatorze degré certifié par volume, et la religion mahométane.

En sortant de la boutique, il m'était bon d'abandonner ces odeurs vinaigrées, et lorsque le panier commençait à me scier les doigts, il était temps de demander asile autre-part.

 

     Le Laitier Omar



Rue Clauzel, c'est pour moi depuis toujours la boutique du laitier Brackchi . Pendant les restrictions le lait était devenu aussi précieux que l'or blanc. Omar me versait avec parcimonie le lait avec un entonnoir dans mon  quart en aluminium . Le frère cadet Mustapha était un de mes bons camarades de CM-1, surtout après qu'une fois nous nous fumes battus comme des chiffoniers dans la cour de l'Ecole Clauzel . Mais un jour l'Inspecteur des Fraudes découvrit que le lait était un peu trop dilué d'Aqua Simplex et un huissier ferma le robinet et  l'échoppe et je perdis un ami .

 

L'Epicier Mozabite


Rue Cabot, à l'enseigne, "Au Roi du Fromage", à peine visible, et peinte en bleu à même le mur décrépi, on pénétrait dans l'antre de l'épicerie, à la vie retirée et coupée de la rue.

Après que mes yeux brûlés par la lumière de onze heures se furent accoutumés au "clair obscur" de ce Rembrandt, se détacha dans l'encoignure de l'entrée, le vieux Mozabite, sa barbe grisonnante sur sa djellaba de laine, trônant sur sa chaise haute, derrière sa caisse enregistreuse aux reflets d'étain, une main sur les grosses touches jaunies, l'autre à plat sur un chasse-mouche, toutes deux prêtes à l'attaque.

J'entendis, venant de l'arrière boutique, un trot de babouches, et un "A votre service Madame !".

Le corps fortement penché de côté, la bouche déformée semblant rire éternellement, le fils ne devait pas voir souvent la lumière. Mais, leste et efficace, il avait déjà posé le panier à provisions à côté du tonnelet de cornichons, et attendait, miracle de l'équilibre, la liste des commandes, tandis que l'épicier s'apprêtait, le tiroir caisse remis à zéro d'une touche musicale .

L'apparent bric-à-brac du magasin, n'avait d'égal que la précision des gestes de cette étrange apparition, qui le premier étonnement du client passé, sautait de place en place, pour peser un cornet d'olives noires, emplir un litre d'huile, ou trancher avec précision un quart de gruyère, jeté sur le plateau de la balance avec son papier fin.

Jamais les babouches n'avaient à revenir sur cette décapitation, et le fromage emballé allait dans le panier rejoindre la livre de beurre, le sachet de safran, la cellophane du paprika, et à chaque article ponctué par la sonnerie de la caisse enregistreuse, qui bénissait ainsi la commande de ma mère, les babouches s'affairaient du sac de riz à la balance, de la balance au panier, pendant que moi, je furetais dans le dédale des sacs de jute, à la panse ventrue, leurs cols bien roulés à la hauteur de mon nez, sur leurs cargaisons de pois chiches, de haricots secs bariolés, d'amandes grillées, de graines de soleil, de figues sèches et de noix burinées comme des cervelles de mouton.

Mais faisant un écart à l'odeur de la saumure du baril de harengs séchés, je me heurtais enfin aux cacahuètes, entières et fibreuses, que je décortiquais comme un jeune singe, sous le regard bienveillant du vieil homme.

Bousculées par les allées et venues du jeune mozabite, les vapeurs de cannelle se mélangeaient au gingembre, aux bâtons de vanille, et au thé de menthe verte, et rapidement, l'air me devint irrespirable, m’obligeant à sortir.

La vague passée, et le silence revenu, le papier tue-mouches tourna lentement son tire-bouchon à l'envers, le gros réveil à ressort, couché sur ses petits pieds arrêta ses aiguilles phosphorescentes sur les chiures de mouches de l'étagère, et lentement la chaleur de midi aidant, l'épicerie s'endormit.

 

Le Maraîcher


Dans le haut de la rue Drouet d'Erlon, et au coin de la rue Clauzel, commence la petite rue Cabot. Ce nom certainement choisi à ce qu'il fallait comme lui etre navigateur pour se frayer un chemin dans la cohue! Mon nez arrivant juste au ras des étals, je me serais perdu tout seul ..

Mais un peu à l'écart et à l'ombre, un maraîcher, à la figure tannée, le cou buriné, qui avait déjà déchargé ses cageots, de Guyotville, Chéragas ou Fort-de-l'Eau, s'affaire autour de sa monture.

Débarrassé des harnais, et les brancards reposant sur le pavé, le cheval libéré de ses œillères et du mors, faisait le bonheur des moineaux, qui venaient sautiller autour des crottins, sans peur des grands coups de queue. Un sac de toile plein d'avoine, passé sur ses longues oreilles, à grands hochements de tête, il en secouait le fond pour faire remonter le grain jusqu'aux naseaux. La ration terminée et le sac vide replié sous le banc, le vieil espagnol décrochait le seau qui se balançait à l'arrière de la charrette. Après l'avoir rempli d'eau fraîche à la fontaine de vie, juste au pied des escaliers, en abreuvait le cheval, qui lampait les lèvres en avant, secouant la crinière de gauche à droite, en frappant de plaisir le pavé de son sabot ferré.

Il ne s'écartait pas de son périmètre, changeant seulement de position, une patte postérieure à plat et l'autre légèrement pliée, ne touchant le sol que par la pointe du fer, il était un modèle de patience, attendant le retour à la ferme. Et son maître, lui aussi, maintenant pouvait jouir d'un repos bien gagné.

 

L'étal du Marchand de Légumes


Les senteurs de la campagne qu’exhalaient les étals des marchands de fruits et légumes, en plein air, se mélangeaient aux appels entrecroisés des marchands arabes, toujours souriants, derrière leur balance à fléau : "un franc le kilo, tu es malade, mange la belle salade !", "haricots sans fil, madame, des cerises de Blida siou-plait, la pastèque à la coupe, à la coupe!!".

Une pyramide d'amandes vertes ! Avez-vous déjà fendu une amande fraîche, et fait glisser de sa gousse fine l'ivoire de ce fruit à la courbe idéale, avant de le croquer lentement pour jouir de sa chair que l'on voudrait immortelle ? Si non, faites le vite ou vous perdriez un goût de paradis.

Montées du sud, du fin fond des oasis, les dattes de Biskra, blondes ou foncées, encore attachées aux fines branchettes jaune orange, dans leur caissette de bois blanc, certaines ridées comme des doigts de fée, d'autres enflées, sombres et lisses comme les négresses de Ouarglat, se reposaient de leur long voyage sur un lit de raphia.

Et moi, je criais à ma mère, en imitant le petit yaouled : "porter siou-plait, porter siou-plait?"...

 

Créhange le Pharmacien



Au retour du marché, en redescendant la rue Drouet d'Erlon, nous étions fort chargés, mais un arrêt à la pharmacie Créhange, était inévitable.

Grand, blond aux yeux bleus, ainsi je crois m'en souvenir, il était toujours affable, mais moi, je n'appréciais pas ces piqûres et ces potions que les médecins d'Alger m'avaient ordonnées, et qui réussirent cependant, grâce à ma bonne constitution cachée, à ne pas m'achever ! Le pharmacien, par la même occasion, me pesait à la demande de ma mère, mais chaque semaine, mois, et année, la balance affichait mes vingt-cinq kilos immuables et je ne grandissais ni en largeur, ni en hauteur.. jusqu'au jour, où las de tous ces savants, je passais grace  à l'homéopathie,  de presque trépas à la vie...

 

Signes le Coiffeur



J'aimais son enseigne qui ressemblait à un sucre d'orge avec ses spirales de couleurs. Mais chaque visite chez lui était pour moi un supplice, si mourir de rire en est un.

Le patron, Monsieur Signes, employait ce qu'on nommait, il n'y a pas si longtemps, un "garçon coiffeur". Rien de bien étrange dans tout cela… À part que, de son crâne dégarni, restait encore, au dessus de chaque oreille, une touffe de cheveux symétrique qui rappelait aux gamins que nous étions, des ailes d'hirondelles. Nous n'allions pas chez le coiffeur, mais chez Hirondelle ! Et notre douce terreur était, en attendant notre tour pour une coupe urgente, que l'un de nous tombât sur sa chaise vacante.

Assis côte à côte sur un fauteuil à piédestal, Signes et Hirondelle nous propulsaient à niveau à grands coups de pédale, et alors le drame commençait. Face au grand miroir, nous ne pouvions éviter de croiser nos regards mon grand-frère et moi. Pris d'un fou rire contagieux, je mordais mes lèvres, pour ne pas hoqueter. Après chaque coup de ciseaux, le coiffeur redressait ma tête, s'énervant dans son travail, et coupant l'air de ses deux branches d'acier menaçantes, prises elles aussi d'une danse de Saint-Guy, ne savait comment corriger toute cette coupe en escaliers, et tournait ses yeux réprobateurs vers Signes, mais en vain. J'étais rouge de confusion, essayait de retenir ma respiration et surtout ma vessie, secouée comme un bateau sur les flots.

Au dernier coup de brosse, sans attendre, je sautais de ma chaise pour gagner la porte, laissant à mon frère le soin de régler la note, pourboire non compris. Ce dont pourtant Hirondelle avait vraiment besoin, pour se rafraîchir de cette séance pour le moins désséchante.

 

Castel l'Armurier


À la récréation, la sonnerie libératrice agissait sur nous,comme un réflexe de Pavlov. C'était la course aux urinoirs situés au fond de la cour. L'odeur de Lisol
(désinfectant de l’époque) y était si forte qu'elle en imprégnait la laine de nos vêtements.

Un jour que, pris d'assaut, tous les postes individuels étant occupés, mon ami et moi, urgence oblige, entrâmes dans l'espace ottoman, en ayant soin de ne pas glisser.

Lui était grand et fort, moi, petit et malingre. Nous pouvions donc nous tenir debout, côte à côte et nous livrer au sport de notre âge : qui, en vidant son eau arrivera le plus haut sur le mur de céramique blanche?.

Occupé à l'arrosage, mon copain remarqua quand même, la comparaison était inévitable, que mon tuyau de jardinier était plus court que le sien, et en conclut que j'étais de la religion de ceux, qui huit jours après leur naissance passent à la guillotine…

Et moi, dans mon for intérieur, je pensais pour me consoler, que si son calibre était ainsi favorisé, c'était parce que Castel, lui, noblesse oblige, était bien le fils de l'Armurier.

À cause d'un accident professionnel, m'avait confié son fils, Monsieur Castel père tirait la jambe pour se déplacer (je m'excuse pour ce jeu de mot mal placé).

Au long des années, je préférais le trottoir de son magasin, pour m'arrêter devant la vitrine et contempler la panoplie des armes de chasse aux verrous gravés et enluminés, aux canons longs et doubles, les carabines aux crosses de bois travaillées, les fusils automatiques et à lunettes, les armes de poing de tous calibres, les étuis en cuir, le tout de la Manufacture d'Armes de Saint-Étienne dont, à défaut, je feuilletais inlassablement l’épais catalogue.

Qui n'a pas rêvé devant ce fusil à air comprimé, qui tirait des plombs éventails, ainsi que devant ces harpons à double Sandows, ces palmes, ces lunettes sous-marine avec leurs schnorkels de couleur?.

Et, collée à la vitre, une grande photo du fils, en maillot de bain, brandissant fièrement , enfilé dans la flèche de son harpon, un magnifique Mérou, roi des profondeurs et des grottes sous-marines.

Mais ces belles images furent gâtées, quand un certain 26 Mars 1962, des balles criminelles tirées du Boulevard Baudin vinrent ricocher avec un bruit d'enfer sur le rideau baissé de l'armurerie.

Les jours suivants la vitrine se vida, et ne restèrent que du fil de pêche et la photo de mon camarade.

Castel où es-tu?..

 

Chamoux, le Magasin de Sport



Le propriétaire de ce magasin, fut, sans le savoir, le responsable indirect d'un drame.

Ce devait être en 1945, j'avais sept ans, et la tête pleine des images dessinées de la guerre, pour enfants.

Les jouets étaient introuvables, lorsqu'un matin, je vis en passant, dans la devanture, une panoplie qui me fit revenir en arrière : un fusil en bois peint et un casque en carton.

C'en était assez pour revenir en vitesse à la maison et commencer à persuader mon grand frère de réaliser mon nouveau rêve. Et, cet instrument guerrier sous le bras et le casque de papier mâché sur la tête, je rentrais chez moi.

Ce n'était pas un simple bout de bois. Accroché à un clou planté sur le canon, un élastique pouvait propulser un carré de papier roulé et plié en deux, jusqu'au bout du couloir.

Mais il fallait trouver un observatoire camouflé.

Caché sous la table de la salle à manger, voyant sans être vu, passaient devant mes yeux toutes les jambes de la maisonnée, mais j'eus un faible pour les pieds nus de notre bonne servante. Et chaque fois qu'elle passait dans mon angle de tir, je lâchais l'élastique bandé sur ses talons.

Une fois, deux fois, mais toute la journée c'en était trop.

Comme la cocotte-minute qui siffle, trop chaude à faire péter la soupape, Suzanne, c'était son prénom, après maintes imprécations, commença à rappeler à ma mère, que son ancienne patronne, Madame Sadoun, jamais n'aurait toléré une chose pareille, et que là-bas, elle avait de meilleures conditions et que nos tapis étaient trop lourds, et la cuisine trop étroite, et ses gages encore plus étriqués.

C'était justement le printemps, l'époque où, avec le renouveau de Dame Nature, les algéroises se devaient de rouler leurs tapis dans le papier journal, avec des boules de naphtaline. Ces tapis persans et percés, avaient donc de quoi lire. L'Echo d'Alger, le Journal d'Alger, la Dépêche Quotidienne, et même Alger Républicain, collection d'une année, ils allaient dormir au chaud, jusqu'à l'automne.

Devant ces vérités, mon fusil en bois ne pesait guère. Et pour apaiser ce début de rébellion, c'est ma mère qui partit en guerre et me confisqua cet objet du délit et sauva la maison en péril. C'était de la pacification avant la lettre…

À l'occasion de l'élection du Président de la République René Coty, se rendit célèbre… un poêle de conception révolutionnaire, qui, à des dizaines d'exemplaires, réchauffa les salles du Sénat lors du vote.

Le pétrole était brûlé complètement grâce à un élément "catalytique", et donc sans fumée. Le magasin Chamoux en faisait la réclame, et ce poêle à roulettes, nous servit longtemps lors des hivers humides d'Alger, vous en souvenez vous?.

Chamoux, Chamonix, disais-je toujours en passant devant son magasin parce qu'une fois j'avais vu dans sa devanture, une luge magnifique, en bois laqué, et aux patins doublés de fers, pour mieux glisser. La neige n'était qu'à une heure de trajet, mais il était bon de ne pas traîner sur la route, pour arriver avant la fonte!

En général, arrivés à Chréa, papa nous louait une luge, qui souvent en piteux état, trop lourde, et bonne pour des pentes alpines, ne faisait pas notre affaire de lugeurs expérimentés!

Et un jour d'hiver, Noël et Hanoucca arrivants ensemble, nous reçûmes le cadeau de nos rêves.

 

Garcia le Photographe



Tout au début de la rue Richelieu, côté gauche en montant, c'était le magasin de Garcia, le photographe avec une fine moustache à la Clark Gable. Sa petite vitrine d'appareils de photos, de caméras et de projecteurs,  nous faisait rêver.

En 1933, mon père y avait acheté, d'occasion, un superbe Contax, de chez Zeiss-Ikon. Du format 35 mm, il était doté d'un télémètre à miroirs, d'un objectif 2,8 à baïonnette, et surtout d'un obturateur à rideau, qui, avec une vitesse de 1/1000 seconde, permettait de photographier des déplacements rapides, sans le flou des obturateurs circulaires. J'ai encore dans mes oreilles le chuintement du rideau qui se déplaçait. Très compact, c'était une merveille de réalisation. Je revois son étui de cuir jaune et le bouton de réglage des vitesses d'obturation. Hélas, comme beaucoup d'autres choses chères, il a disparu dans la tourmente.

Papa développait lui-même ses photos. Un placard du couloir, était devenu une chambre noire, avec un agrandisseur,  les bacs de révélateurs, et des boites de papier de tous formats. Rien ne valait ce moment où l'image tremblante dans la cuvette, apparaissait lentement comme une œuvre d'art, sous la lueur rouge de l'ampoule. Mon père comptait avec le battement de ses doigts sur le plateau les secondes d'exposition, sans besoin de chronomètre, il réussissait toujours à sortir du bac des photos noir et blanc magnifiques.

Encore très jeune, je reçus en cadeau, mon premier appareil de photo moderne : un Elgy Lumière, qui tenait peu de place dans la poche. Les pellicules en couleurs des diapositives Lumière avaient un grain si gros que sur le film on pouvait discerner les trois couleurs fondamentales ! Je devenais ainsi le photographe familial. Plus tard, Garcia nous fournit une caméra "Emel", film 8 millimètres, avec une tourelle à 3 objectifs : un télé, un grand-angle, et une focale normale. Caméra lourde, mais bien en poing. Une manivelle pour remonter le ressort, un viseur très étroit, et seulement deux minutes de film  Kodachrome pour fixer la vie pour l'éternité.

Je filmais ainsi quelques scènes comme les "Trois heures d'Alger", (la course automobile sur la route moutonnière), le départ de mon grand-frère escorté de toute la famille à l'agence d'Air-Algérie pour finir ses études, reçu aux Grandes Ecoles à Paris; et plus tard de mon balcon, la sortie du bateau de Jacques Soustelle, passant la jetée, par une mer démontée : le navire littéralement sortait de l'eau pour retomber dans les vagues.

A la projection, tous ces scènes ressemblaient étrangement.. aux premiers essais des Frères Lumière !

Quelques fois la pellicule se coinçait sous les dents du projecteur et sur l'écran apparaissait à ma grande terreur la bulle de la brûlure qui s'étalait sur la celluloïd..

Les évènements tragiques, que je n'ai jamais filmés ou photographiés,  restent incrustés dans ma mémoire comme une épitaphe sur la pierre .

  Bien-sur que j'aurai voulu faire lire ces lignes et voir ces vignettes à ma chère maman, comme lorsque gamin je sortais mes cahiers couverts de papier journal de mon cartable. Mais je ne ne savais pas alors qu'une mère n'est pas éternelle et n'imaginais pas l'importance que les souvenirs prennent au fil du temps !

Après ces lignes, je peux vraiment écrire

F I N

d'une époque.

 

 

 



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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 09:56

A Alger, même après avoir passé à 13 ans ma Bar-Mitzva,(la majorité religieuse) je ne connaissais (à part quelques prières prononcées quelques fois aux fêtes) pratiquement  rien de la langue de ma religion....Par contre je maniais rondement celle de Molière. L'une et l'autre n'étant pas incompatibles, je dois donc remercier les antisémites nombreux que j'ai rencontré sur mon chemin, parce qu'ils m'ont enfin ouvert les yeux sur cette riche langue cinq fois millénaire et qui depuis moins d'un siècle n'est plus le privilège de savants Rabbins, mais la langue moderne d'un peuple qui bâtit son avenir sur son passé .


Donc Bonne année 5770 !
Et tous nos Voeux de Santé et de Paix à vous et à toutes vos familles !


Et bien oui, le 18 Septembre de l'an 2009 est la veille du Jour de l'An 5770 des Hébreux . Un calendrier qui
a égrené avec lui l'histoire du monde naissant au moderne monothéiste et a jeté les bases des Lois qui régissent plus que jamais le comportement des hommes vis à vis d'eux-mêmes (et aussi des bêtes !). Ce qui nous semble logique et naturel aujourd'hui, ne l'était pas dans l'époque chaotique d'alors où se heurtaient et disparaissaient des peuplades entières.


  Une carte postale de l'humoriste et caricaturiste algérois Armand Assus.

La Bonne santi por toi !


Ce Jour de l'An, nous allions à pied à la Synagogue, en faisant escale chez les membres agés de la famille pour y faire nos voeux.

C'était la Synagogue  "Lebar" de la Rue de Dijon. dessinée par Charles Brouty dans  " l'Echo d'Alger"









Et voici ce qu'elle est devenue après le départ de la France, et l'arrivée au pouvoir des algériens .
Le toit n'existe plus , La Synagogue est devenue un squelette semblable a ces fantômes des Camps.  Le désastre est complet . Ainsi l'Algérie nouvelle veille sur les lieux de culte israélites .





Ces deux photos de la Synagogue Lebar (Rue de Dijon) sont extraites
du Site Zlabia.com que je remercie .







La Grande Synagogue dans la basse-casbah construite dans le style oriental avec sa coupole à pans coupés était très belle avec sa galerie en bois de cèdre ajouré d'où les femmes jetaient les bonbons aux enfants lors des cérémonies de Bar-Mitzva et Mariages .






Les Calèches avec leurs élégantes passaient alors devant la Synagogue du Grand-Rabbin Bloch (Photo de 1912)






Déjà en Décembre 1960, les émeutiers avaient malmené les fidèles et la Synagogue fut profanée et pillée. Pour les 130000 citoyens israélites c'était l'avertissement de "La Valise ou le Cercueil".  Dès 1962, et malgré  les "Accords d'Evian" garantissant le respect des personnes et des biens, les Islamistes construisirent un Minaret et transformèrent l'intérieur de la Synagogue pour en faire une mosquée dirigée par des extrémistes .
Et les israélites furent chassés du quartier et de l'Algérie toute entière, et
les derniers durent fuir après l'assassinat commandité par le FLN de José Bélaiche fils de Marcel qui fut Chef de la Communauté . Les fidèles trop vieux pour abandonner les cimetières durent se cacher pour pratiquer leurs rites, sans synagogue pour y prier et à la merci de dénonciations .

Cette photo du journaliste Jacques Godeau, par l'emploi du noir et du blanc, est en accord avec la tristesse du fait accompli : le Judaisme a été rayé dès 1962 de la Carte, du Lexique, des Arts, de la Littératue, et de l'Histoire de l'Algérie . A sa place est cultivée la haine d'Israel .







Entre les Alpes et les Aurès,
Une mer pleine de tristesse :
Un fossé d'eau rougie
De guerres sans merci.
Il est temps d'y noyer nos armes
Avant de succomber à nos larmes .
 (G.L.)


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Cartes de voeux confectionnées en Israel et ornées de paillettes :

Cette Carte de Voeux à l'ancienne  est illustrée des 12 Tribus d'Israel qui se dispersèrent après la destruction en l'an 70 du Temple de Jérusalem par les Romains .
Sont représentées de droite à gauche les Tribus de : Reuven, Shimshon, Benyamin, Yosef, Ashere, Naphtali, Gad, Dan, Zévulon,  Yshcar, Yehuda, et Lévy ! (Dont je suis donc  un descendant..)
Au milieu, dans l'étui orné de brocards, Les Rouleaux Sacrés  qui sont déroulés et lus en Synagogue du haut de la  "Téba"(tribune).










Une autre avec les Tables de La Loi






Ce n'est pas par hasard, mais par optimisme que ces images suivantes terminent l'article pour illustrer à la fin, l'immigration clandestine d'avant et après la seconde guerre mondiale forçant l'interdiction anglaise de s'établir dans la Terre de nos ancêtres.

 Ben-Gourion déclara à l'époque à propos du Mandat Anglais et du Livre Blanc qui interdisait la montée en Palestine des juifs fugitifs d'Europe
:

"Nous ferons la guerre contre Hitler comme s’il n’y avait pas de Livre Blanc et nous combattrons le Livre Blanc comme s’il n’y avait pas la guerre.
"







Cette carte postale déjà ancienne représente le Kibboutz* "Yad-Mordechai", qui fondé en 1943 est très proche de Gaza. Nommé en souvenir du Chef des Défenseurs du Ghetto de Varsovie qui sauta du haut de son immeuble pour ne pas tomber vivant dans les mains des nazis.
En 1948 la poussée des blindés Egyptiens (en premier plan) fut arrêtée pendant des jours cruciaux par le courage et le sacrifice des pionniers, hommes et femmes. Dans le Diorama que j'ai visité et qui reconstitue ces journées terribles, sont exposées au ras des tranchées dans leur position de tir, les armes dépareillées de ses défenseurs , dont un fusil...de la guerre d'Espagne !
Le Kibboutz pour finir tomba aux mains des ennemis qui assassina les prisonniers, mais donna le temps à Tel-Aviv de s'organiser .
Ce n'est que plus tard qu'il fut repris, il était  complètement détruit .


Aujourd'hui ce Kibboutz florissant est célèbre dans tout le pays pour son miel parfumé : Ce miel doré accompagne la pomme sur chaque table juive, pour célébrer la prière  de la nouvelle année que l'on espérera aussi douce

PENDANT 8 ANS, COMME TOUTES LES VILLES ET VILLAGES DU NEGUEV-OUEST, IL SUBIT LES TIRS QUOTIDIENS DE FUSEES ET D'OBUS DES TERRORISTES DU HAMAS, QUI S'ABRITAIENT
 (ET S'ABRITENT ENCORE) AU MILIEU DES POPULATIONS PALESTINIENNES CIVILES .







*http://www.zionism-israel.com/dic/Yad_Mordechai_battle.htm



Liberté pour Guilad !!

Puisse le franco-israélien Guilad Shalit, au secret dans une cache dans Gaza retrouver bientôt sa famille . Il est déjà dans sa quatrième année isolé du monde, enfermé dans une tanière: Jamais la Croix-Rouge ou l'O.N.U ne l'ont vu pour témoigner de son état, alors qu'en Israel les terroristes palestiniens  jouissent de la tv en prison, d'une cantine,  reçoivent des
journaux, et des colis et régulièrement sont visités médicalement et surtout voient leurs familles venues de Gaza. Certains même étudient et passent leurs examens . Les parents de Guilad, Noam et Aviva Shalit ont reçu une lettre manuscrite il y a longtemps, dictée par de cruels geôliers où il se plaint
d'une santé qui se dégrade .(Il avait semble-t-il été blessé lors du coup de main des palestiniens). Les gens du Hamas sont passés maîtres dans le supplice  psychologique et exploitent à fond le dilemme dans lequel se trouve Israel, mais à force de tendre la corde, elle pourrait se casser .


Puisse enfin l'année nouvelle être aussi étale que l'eau de la Mer de Sel,
Mais je crois que d'autres épreuves attendent encore le Peuple d'Israel !




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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 14:56
C'était un jour de grande chaleur, quand retentit la sonnerie du téléphone. Comme d'habitude c'est moi qui courais pieds-nus et décrochais le premier le combiné .
 - Allô ! - Bonjour Georges ! ( J'avais tout de suite été reconnu ).
- Papa !, c'est M'sieur Bensimon à l'appareil...
Monsieur Bensimon était courtier en grains bien connu sur la place d'Alger et à midi téléphonait pour les transactions où revenait souvent dans la conversation le mot "Fob*".
Ce brave homme était sur de trouver mon père à la maison, à l'heure du repas, avant qu'il ne retourne à sa minoterie d'Hussein-Dey. C'était rue Boench, près de la Mairie, une usine-pilote de concassage et de broyage des fruits du caroubier, qui séparés de leurs graines très dures étaient transformés en farines, ensachés et expédiés souvent au port de Limassol. (Les noyaux étaient traités à part suivant un procédé unique en Algérie) .

Chypre était un fidèle client. Mais ce jour-là il n'était pas question du cours du quintal. Je voyais pour la première fois mon père inquiet, et même sa main qui tenait un document tremblait en apprenant une mauvaise nouvelle: le caboteur déjà chargé des sacs de farine fraîchement embarqués, avait pris feu à quai.
- " L'incendie s'est déclaré dans des balles de coton ".
Telle était la nouvelle que le courtier très au courant du trafic portuaire s'était empressé d'annoncer à Papa .
De la fenêtre du bureau, on voyait effectivement au loin une fumée noire flotter au dessus d'un caboteur .

 Le Caboteur en feu de cale










Alors ce fut une course contre la montre avec la compagnie maritime récalcitrante pour vérifier les clauses de l'assurance en cas de sinistre .
Le coton surchauffé dans les cales par manque d'aération a la mauvaise habitude de s'enflammer, et éteindre l'incendie signifie noyer toute la marchandise. Je me souviens qu'un entrefilet dans le journal signalât ce fait divers qui coûtât à la Société le fruit d'une campagne estivale de caroubes ...

Moi j'étais dépité de ne pas voir de si loin les lances d'incendie des camions pompiers, mais aussi assez fier dans ma jeunesse  inconsciente d'être témoin d'un tel drame qui rompait la monotonie des jours d'été !

Ces Caroubes entières, souvent trônaient dans leurs sacs de jute au col roulé  en côtoyant dans les épiceries lentilles et cacahuètes et les fèves bariolées. La chaire de la caroube bien mure (et donc de couleur marron foncée) a un goût chocolaté, une friandise bien connue non seulement des algériens, mais de tous les habitants du bassin méditerranéen .
Ce n'est pas seulement l'aliment de qualité des chevaux et bestiaux, car la graine du fruit a des propriétés remarquables employées dans l'industrie alimentaire et même complète la poudre de lait sec pour bébé !
Cette semaine, en plein centre de Tel-Aviv, près du chantier du théâtre Habima en rénovation, j'ai découvert un caroubier dans un jardinet, qui se cachait près d'un mur et qui ainsi avait échappé à l'invasion du béton .




Je me suis baissé pour en ramasser quelques gousses, en souvenir de ses soeurs d'Algérie cela en valait la peine !. Mais cette caroube non greffée, à l'écorce vernie était trop dure....pour mon âge !.
."Ils sont trop verts dit-il et bon pour des goujats !" disait Maître Renard des raisins inaccessibles...

Alors j'ai fragmenté les trois gousses pour compter les graines qu'elles renfermaient. De la première j'en ai extrait douze, de la deuxième dix,de la troisième dix aussi mais toujours un nombre paire: Dame Nature aime la symétrie !.
Pour une pesée exacte j'avais envisagé, dans l'ordre de la proximité de ma maison, la Poste, la Pharmacie, et le Bijoutier .
J'ai glisse ces noyaux dans une enveloppe pour ne pas les perdre, suis allé à la Poste, et pris patiemment un numéro d'attente .
La postière a posé mon faux-envoi sur sa balance électronique et j'y ai lu 10gr ! Prudent, j'ai fait la même mesure sur deux autres voisines et lu 6 gr et même 8 gr. Devant ces résultats fantaisistes, j'ai décidé d'approfondir le problème !


Alors je suis allé chez le pharmacien qui a une balance très précise (et une gracieuse employée) pour peser ces 32 fèves à l'ordre du jour.. !
La préparatrice qui avait de la patience jeta un coup d'oeil dans l'enveloppe pour vérifier poliment le curieux contenu sans poser de question. Elle était originaire de Russie, et dans la Toundra le Caroubier ne pousse pas ! J'aurai voulu lui expliquer le sujet de mon Doctorat ,mais il y avait d'autres clients... Elle alla peser soigneusement l'enveloppe "avion" avec ses 32 graines. La balance ténue de l'apothicaire était manuelle mais d'une grande précision dans sa cage de verre, et le tout atteignit le poids de 6,62 grammes signé de la main même de la préparatrice.
Satisfait,j'ai jugé inutile (et même dangereux) d'aller chez le Bijoutier avec mon enveloppe suspecte !
Mais je n'avais pas osé  demander à la pharmacienne de faire la tare avec l'enveloppe en papier-avion, pour ne pas abuser de son temps !
Heureusement, j'avais en réserve à la maison un paquet neuf de 10 enveloppes. Sur l'emballage étaient inscrites les dimensions suivantes :
Grandeur 16.2 X 11,4 cm soit une surface de 184.68 cm2.
Papier employé (noté aussi) :70 gr au m2 (10000cm2)
Donc les 10 enveloppes pèsent théoriquement:
(70gr:10000) X 184,68 = 1.2922 gr
et une seule :0.12922 gr.
Les 32 graines pèsent donc le poids net de:
6,62-0,12922= 6,4907 gr
Et une graine : 6,4907:32 = 0,202 gr soit 202 milligr !

Ma fille vient de me faire remarquer que j'avais négligé le poids inconnu de la colle de l'envellope ! Un bon coup de pouce pour déduire 2 Mg du résultat final...!

Ce résultat (peu statistique) pourtant, se rapproche assez des 200 milligr de l'unité officielle dite Carat !!:

Extrait de Wikipédia:

"Le carat est une unité de masse utilisée pour les gemmes. Ce mot provient du grec ancien keratia signifiant cornes et désignant le Caroubier dont les fèves servaient d'etalon de poids, qui passa ensuite par la langue italienne (carato) et par l'arabe (qîrât, petit poids). La mesure de poids kerátion correspondant au tiers de l'obole).

En 1907, le carat (métrique) fut défini par la 4e  Conference Générale des Poids et Mesures comme étant égal à 200 milligrammes (soit 5 carats = 1 gramme). De nos jours le Bureau International des Poids et Mesures le classe clairement en dehors du Système International d'Unités (SI)."

 

J'ai donc exécuté avec un certain succès ces travaux pratiques dont notre Prof de Sciences Naturelles  au Lycée E.F. Gautier,à Alger, le fameux Mozziconacci* n'aurait pas été mécontent !
Et j'ai redécouvert ainsi le poids de cette unité de pierre précieuse. Et si j'avais été Maharadjah aux Indes, j'aurai pu demander l'équivalent en Diamants de mon poids en Carats !

J'ai le souvenir d'un vénérable caroubier en Kabylie qui étendait loin son ombre autour de son tronc torturé et qui était devenu pour les femmes un lieu de pèlerinage. Elles accrochaient des bouts de laines rouges aux basses branches dans l'espoir que leurs prières appelant à la santé et fertilité seraient exaucées. Une belle tradition, dans le silence de la Nature généreuse.

Nous devons notre vie quotidienne et notre avenir aux arbres qui régénèrent notre oxygène. Plantez un arbre à chaque occasion pour assurer la vie de nos enfants .
Dans le lien ci-dessous, de riches informations et photos sur sur les arbres multi-centenaires de la campagne de France :

http://krapoarboricole.unblog.fr/liste-des-arbres-venerables/

* Ce Prof aimait les cahiers biens décorés ! Le mien ressemblait à un.. Blog avant la lettre tant il était couvert de cartes postales et d'illustrations découpées et colorées ! Au début du cours, chacun lui apportait fièrement son épais cahier et il nous délivrait généreusement sur le champ un 18/20 de présentation....Un rare sommet jamais renouvelé dans ma carrière scolaire !

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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 11:47


Adjugé ! s'écria le commissaire-priseur, un petit vieux à barbiche, en écrivant sur son calepin le résultat de l'adjudication tout en serrant sous son bras une serviette de cuir craquelée par le soleil. Il domine sur une estrade improvisée les ferrailleurs et petits patrons en quête de matériaux pour faire renaître leurs ateliers. En cette période d'après guerre, il est presque impossible de trouver du fil de cuivre émaillé pour refaire des bobinages, des roulements à billes, des machines à travailler les métaux, sans parler de voitures ou camions revenus de la réquisition hors de service. Mais à la Réghaia, près de Blida , dans la plaine brûlante existait alors un salvateur cimetière de matériel de guerre, des avions, des véhicules, tous ces abondants surplus laissés par les Alliés après leur victoire en Afrique du Nord.

                  
Une Jeep typique et son équipage pendant la Campagne de Tunisie


Cette société c'était la "S.A.R.S "..Société Algérienne de Récupération de Surplus. (Du moins ainsi j'en déduis la signification !).
Ce matin mon père et mes deux oncles démobilisés, sont en quête de machines vendues..au poids et  qui leurs permettront de redémarrer dans la vie civile. D'abord l'Atelier a besoin d'une voiture à tout faire: le choix est difficile dans ce champ de Jeeps ,certaines le capot du moteur relevé par de précédentes inspections, laissent entrevoir un moteur huileux, d'autres sans pneus ou avec la vitre brisée, mais toutes bien sur débarrassées de leur mitrailleuse ,antenne et radio. Mais mon père  tout ému en pensant à la sienne, sa "Fleurette" qui a fait la Campagne de Tunisie, souleva le coussin du chauffeur qui masquait le réservoir d'essence pour vérifier le niveau, se mit au volant, appuya sur le champignon du démarreur au plancher et réussit même à réveiller le moteur de sa torpeur, et sur le champ l'adopta. Moi et mon grand frère qui avions rapidement découvert  les petits coffres sur les cotés de la banquette arrière allons les fouiller pour y trouver peut-être des trésors, des outils ou même des balles ...
Je m'amusais à cracher ma salive sur la tôle surchauffée, pour la voir bouillir. Mais ce paradis  guerrier n'évoquait pas pour moi les horreurs de la guerre et les souffrances des servants de tout ce matériel martial. Dans un coin une colline de longues douilles d'obus de D.C.A.,encore brillantes de leur cuivre, attendent leur envoi à la fonderie , et plus loin un amoncellement de pneus avec ou sans jantes. A coté rangés en pyramide les Jerricans de 20 litres de couleur jaune, les fameux Jerri'es.  Et puis des moteurs de véhicules accidentés fracassés à la masse pour séparer le bronze de l'acier, et aussi des moteurs électriques pour en récupérer les fils émaillés pour les bobinages.
Cette Jeep qui n'avait pour seul luxe qu'un toit rabattant en toile kaki, fut confiée à Monsieur Touati qui avait son magasin de housses sur mesure en face de chez-nous, rue Sadi-Carnot. Je le voyais souvent piquer ses bâches et tissus épais. Son magasin étant  trop étroit, il posait le matin à même le trottoir les sièges en attente. Il habilla ce vétéran de deux portes de toile solide de couleur...terre de sienne sur un cadre en fer rond, avec même une fenêtre en plastique translucide . La partie arrière de la Jeep était bâchée et il fallait pour accéder à sa banquette enjamber les sièges avant ! Quelle gymnastique, mais pour nous enfants une source de rigolade. Dans cet aquarium nous étouffions en été et grelottions de froid l'hiver, le vent entrant par toutes les jointures. Mais nous étions heureux de pouvoir sortir le Dimanche à la plage ou à la foret grâce à cette Fleurette revenue à la vie civile, que mon frère et moi avions repeinte un matin de couleur.. aluminium comme un bolide.
Je ne peux m'empêcher  d'insérer là ce souvenir d'excursion,
même au prix de me répéter !! .

Paysage de neige en Kabylie





Sommes-nous bien en hiver?
S'exclama maman, en ouvrant la croisée,
Enchantée par ce matin tout frais,
Et au spectacle lointain, du Djurdjura enneigé.
Il fait si beau aujourd'hui,
Et demain les classes sont finies.
"Nous irons à la Neige !",
Dit mon père d'un ton averti.
Comme des fourmis affairées,
Qui se bousculent dans leur nid,
A ce mot magique, mon frère et moi sautons du lit.
Il ne faut pas moins d'un jour, pour se préparer.
Je suis préposé aux chaussures,
"Sur le balcon, à côté du mur"!.
Elles on fait bien des guerres,
Et maintenant se reposent, pensionnaires.
Ne riez pas, c'est un mission de confiance,
Dont dépend le succès des vacances !.
Je les couvre de cirage,
Ces godasses au grand âge,
Comme on calfate un bateau,
De peur qu'il ne prenne l'eau.
Serrés tous les quatre dans notre Jeep-Willys,
Une ancienne combattante, qui reprit du service,
A soixante miles, le moteur ronfle et la bâche claque,
Comme un voile de pirate prête à l'attaque.
Sur la route de Médéa, prend un chemin de terre,
Ce qui en soit, est une drôle d'affaire,
Mais mon père, au volant est un véritable expert.
Sur une hauteur, notre voyage s'arrête.
Je descends, étourdi par l'air raréfié et m'apprête.
La vue est splendide sur la colline et les crêtes.
Maman, déjà, prépare un goûter,
Sur le capot déplie une nappe, une vraie salle à manger.
Il y a deux heures à peine, je finissais mon lait,
Mais déjà dans ce froid vif, ma faim s'aiguisait,
Et choisi un pain blanc, de beurre, et de gruyère garni,
Et pour plus de sûreté, une belle tomate farcie..
Soudain dans ce silence, qui même semblait gelé,
Surgit d'une ravine, où il était caché,
Un petit berger, suivi de sa vache efflanquée.
Une baguette à la main, et les pieds écorchés,
Cet enfant en haillons, à la chevelure touffue,
S'arrêta devant moi, et le charme fut rompu :
Pétrifié, je regardais maman d'un oeil implorant,
Qui déjà lui tendait le pain blanc et le thé brûlant :
Pour la première fois,
Devant moi,
Je voyais la Vérité nue !.



Un jour la tentation étant trop forte, je me suis mis au volant dans la cour de l'atelier. J'avais repéré que pour démarrer, il fallait seulement appuyer sur un petit champignon situé au plancher. ( Les Jeeps fabriquées en 1942 n'avaient évidement pas de clef de contact).
Seulement j'avais oublié de mettre le changement de vitesses au point mort, alors la Jeep démarra en trombe et ne s'arrêta que lorsque elle rencontra la palissade...et le moteur cala !


Au plancher de la Jeep, levier de changement de vitesses, ceux des ponts arrière et avant, le champignon démarreur à droite des pédales, frein à main sur le tableau de bord, indicateur de vitesse: 60 Miles maximum.(100Km/h, après la Jeep décolle...).
Accumulateur de 6v au début! La colonne de volant non rétractable et le volant indéformable sont un danger terrible pour la poitrine en cas d'accident. Avertisseur au centre du volant. Au  dessus du panneau de bord et ne figurant pas sur la photo, un râtelier métallique pour le fusil. Directement sous le siège du chauffeur des dizaine de litres d'essence !


Une Jeep de Tsahal, au Muséee de la Haganah à Tel-Aviv , armée d'une mitrailleuse Mg-34 allemande de récupération de la WWII.




Une Jeep en rénovation dans les mains d'un passionné en France:



Ni vu, ni entendu, je me suis mis posément à apprendre à changer les 3 vitesses plus la marche-arrière, et même à embrayer les deux ponts pour rouler dans le sable . En ce temps-la, il était autorisé à un chauffeur sans permis de conduire, d'être au volant à condition que le passager siégeant à ses cotés fut licencié (mon père !). Une loi cousue pour moi, qui à l'âge de la Bar-Mitzwa conduisait fièrement la famille le Dimanche sur les routes à faible circulation...Cet engin génial avait cependant des défauts, dont le principal était sa tenue de route qui ressemblait à celle d'une barque au gré des flots et ne pardonnait pas la moindre erreur.
Un jour, sur la route de Birkadem, la Jeep chargée de mes cousins, et de moi au milieu, plus accroupi qu'assis ,fit une embardée inattendue due à une erreur de dépassement que suivit un tonneau ! Je me souviens avoir été éjecté comme un paquet de linge sale (à cette époque il n'y avait pas de ceinture de sécurité) et me retrouva assez loin dans le fossé !
Longtemps me poursuivit dans mes nuits ces images de ma trajectoire d'abord au ras du bitume et ensuite dans la caillasse et les ronces. Curieusement, bien que je me souvienne que des personnes soient allées me relever de mon trou, je ne sais plus comment je me suis retrouvé chez le Professeur Serror, chirurgien rue Michelet, qui pansa mon genou abîmé sous les yeux inquiets de mon père. Mes cousins eux, séjournèrent avec des fractures à la Clinique Solal, (Clinique de l'Orientale ). Il me resta de cette aventure une peur incontrolable qui s'emparat longtemps de moi lorsque je voyageais, assis au fond de l'auto pour ne pas voir le paysage !.
Mais l'amour du volant étant le plus fort, je passais mon permis de conduire dans une 4cv de l'auto-école, sur les quais de l'arrière Port de l'Agha, à une heure creuse, après une courte promenade et une marche arrière le long d'un trottoir...désert !

Des années plus tard, en Israel dans la région de la Mer Morte, c'est au volant d'une Jeep fabriquée sous licence à Nazareth, que je retrouvais mes premiers amours, pour patrouiller dans les montagnes vierges bordant la Mer de Sel

L'Usine  extrait la Potasse de la Mer Morte qui est très riche en minéraux .
Et les ouvriers qui y travaillent dans une chaleur infernale sont des héros !.



 
                  
En haut dans la montagne, je progresse  avec prudence pour ne pas éclater un pneu sur les pierres coupantes!


Un travail tout civil qui consistait à contrôler (pas de trop près !)
à la levée du jour le bon état de pompes d'eau douce protégées par des barbelés et des mines .

Jean-Michel a tout vérifié...


Les Bouquetins et les Gazelles n'avaient pas besoin comme moi d'embrayer les deux ponts pour progresser lentement dans la pierraille qui tenait lieu de piste et pour ne pas casser la mécanique . Mais nous avions un handicap de plus : nos sièges étaient recouvert de sacs de caoutchouc remplis de sable pour protéger notre séant (et le reste) au cas où nous sauterions sur une mine anti-personnelle posée par les fedayins la nuit. Alors la Jeep avec son centre de gravité très haut placé se balançait dangereusement à chaque bloc que les pneus rencontraient .


Voici la ville d'Arad à ses débuts. A gauche et surplombant le wadi, les premières maisons construites en bois pour les pionniers. A droite les nouvelles bâtisses dessinées pour un maximum de fraîcheur à l'intérieur (tout est relatif).




A quelques km, j'ai participé à des fouilles archéologiques au tumulus qui recouvre l'emplacement de la ville biblique du Roi d'Arad. Un travail de forçat, et une émotion quotidienne
de retrouver les ruines d'un passé cité dans les Ecritures !


Sur le cliché ci-dessous, les veilleurs sont récupérés de la garde nocturne. Au volant un jeune habitant d'Arad, du nom de Péretz chef de l'équipe ,il sera tué au Sinai pendant la Guerre de Kippour. Moi je suis assis à l'arrière, une jambe dehors..
Les deux autres israéliens sont des pères de famille venus de Tel-Aviv pour trouver n'importe quel travail  au Néguev en cette année de crise (1968) .
 

Le matin, avant que le soleil n'aveugle le décor, s'offrait à nous un paysage de couleur pastel qui n'a pas changé depuis les temps bibliques, au delà des monts de Judée et d'Edom. Soudain alors que nous progressions enfoncés entre deux talus, bondit devant le capot, dérangé par le bruit du moteur, un Lynx que j'ai reconnu à ses oreilles pointues et à leur touffe de poils . De cette fraction de seconde, j'ai gardé un souvenir exact de ce gros Chat . Et je l'ai vérifié sur la toile :



En fait, à cette époque des années 60, des panthères hantaient encore les hauteurs de la Mer Morte et même la nuit se hasardaient à pénétrer dans le Kibboutz d'Ein-Guedi pour y chercher de la provende. Il y a quelques années, l'une d'elle fut munie d'un collier-émetteur pour suivre sa trace et la protéger: hélas, c'est un mâle qui dévora sa jeune progéniture, comme cela arrive dans la nature. Il parait que c'est souvent un acte de jalousie et crainte de la concurrence. Et non pas du à un ventre affamé.

La Jeep avait un autre défaut, elle ne buvait pas que de l'eau et de l'huile, mais des quantités impressionnantes d'essence, ce qui m'empêchât dans ma vie rangée d'en acquérir une et de la conduire comme dans le passé.
Alors, quand j'en vois des exemplaires qui n'ont de commun que le nom, à la carrosserie laquée et comme enflée par la bonne chère, rangées le long du trottoir,
et protégées par des clefs de contact, avec des arceaux de renforcements comme la loi l'oblige, des sièges capitonnés avec appuis-têtes, des ceintures de sécurité, des moyeux chromés, et munies de radios et lecteurs de compact-disques et même de GPS* pour ne pas se tromper de rue en allant au super-marché, je pense que je fus un privilégié d'en avoir piloté une vraie de vraie ....et d'en être sorti vivant !.



1) Origines du mot Jeep ? Non, ce ne sont pas seulement les initiales de "General Purpose" :
http://www.olive-drab.com/od_mvg_www_jeeps_origin_term.php


2) GPS: Global P
ositioning System.

3) Crédit de photos et remerciements à :


Photo Neige en Kabylie:

http://www.kabyle.com/photos/data/552/medium/neige_m-08_121.jpg


Détails de Jeep en rénovation; un superbe lien :

www.jeep42.net/restauration_carrosserie.htm

Matériel de Guerre Opération Torch:


http://www.afrikakorps.org/usafvcolors.htm
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Published by Georges Lévy - dans souvenirs
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